La mal gouvernance politique et économique des dirigeants africains s’explique-t-elle par des facteurs culturels ?

26102009

Les peuples d’Afrique continuent à souffrir de bien des maux et s’acharnent pour bien des raisons, à accuser la mal gouvernance de leurs dirigeants. Bon nombre d’africains ont du mal à comprendre le « paradoxe économique » expliqué d’une part par l’abondance des ressources économiques et d’autre part par la pauvreté dégradante du continent noir. C’est ici que naissent des interrogations cruciales relatives à la politique, à la gouvernance et à la démocratie. En effet, nous nous interrogeons si les facteurs culturels ont leur part d’explication en regard de la mal gouvernance des dirigeants africains. Autrement dit, la culture constitue-t-elle un frein au leadership et à la gouvernance des dirigeants africains ? Pour mieux articuler notre réflexion, nous allons nous atteler sur la notion de leadership comme « politique » de base de tout développement économique nationale, ensuite pointer du doigt les indicateurs culturels susceptibles d’être responsables de la mal gouvernance en Afrique. Conclure enfin, en ouvrant de pistes de réflexions.

 1 . La « politique » comme base du développement économique nationale.

Il nous faut placer le leadership, comme politique, à la base de tout développement économique avant de mesurer l’implication de la culture dans la gouvernance des dirigeants africains. Nous référant à l’étude faite par l’équipe de chercheurs camerounais[1] sur les leaders africains, nous pouvons concevoir le leadership à travers une série d’attributs et d’indicateurs nous permettant, dans la deuxième partie de ce travail, de saisir le contraste et de nous rendre compte de l’implication de la culture dans la mal gouvernance des dirigeants africains.

 En effet, des compétences que l’on peut juger universelles sont à la base de toute réussite en matière de développement. La qualité de la vision politique  qui comporte l’originalité et la puissance, la hauteur de vue et la pertinence des idées, la capacité à articuler les problèmes nationaux dans une perspective africaine doit être le premier critère pour apprécier le profil du dirigeant africain. Ensuite vient la qualité de la stratégie, comportant la cohérence du programme de gouvernement, le réalisme et l’efficacité, et le rejet du populisme. La capacité de mise en place et en œuvre des plans et programmes d’action doit se concrétiser dans la pertinence des principales mesures, dans l’efficacité et la validité des mesures contenues dans le programme, dans la couverture nationale du programme et la capacité à produire régulièrement des idées nouvelles.

Les talents personnels de chaque dirigeant doivent comporter l’intégrité et la moralité, les talents d’orateur et la capacité à convaincre, le degré de popularité et le pouvoir de mobilisation, la capacité à attirer des cadres au sein de son mouvement, la capacité à séduire le secteur privé, l’entretien des relations avec les bailleurs de fonds internationaux, la capacité à travailler efficacement avec les ONG, la volonté d’intégrer la jeunesse dans la vie politique, la volonté d’intégrer les femmes dans la vie politique, la capacité à anticiper et à résoudre les problèmes avant qu’ils ne se les posent, la capacité à négocier, la capacité à se remettre en cause et à se renouveler.

 Si tel est l’aperçu que l’on peut avoir du leadership et de la gouvernance en général, les attitudes des dirigeants africains s’inscrivent-elles dans cette logique ou s’en éloignent à cause des facteurs culturels ?

 2. La culture, un des facteurs explicatifs de la mal gouvernance en Afrique

Dans son livre « Culture africaine et gestion de l’entreprise moderne », ZADI KESSY attire l’attention des leaders et des managers africains sur certains aspects culturels susceptibles de freiner le développement de toute entreprise.

« Les difficultés de gestion rencontrées par les entreprises sont […] dues, en partie, à l’influence d’un système social traditionnel qui, même s’il est aujourd’hui désorganisé, a un poids déterminant sur les mentalités. Cela est d’autant plus vrai que la plupart des Africains restent encore très attachés à leur village et aux affaires traditionnelles, même dans les milieux urbanisés, industrialisés et instruits. [2]»

En fondant notre réflexion sur les différents paramètres constituant le leadership de chaque dirigeant et sur cette déclaration de ZADI Kessy, nous nous rendons compte que certains éléments de la culture africaine, ou mieux des cultures africaines, s’opposent aux principes standards susmentionnés. En effet, l’incapacité à préparer et à anticiper le long terme que l’on remarque chez certains dirigeants africains explique leur manque de vision et de pertinence d’idées. Les cas des fléaux et pandémies chroniques s’abattant systématiquement sur les populations illustrent bien cela. Le manque de vision du leader ne conduit pas les peuples à s’ouvrir au monde extérieur. D’où la tendance nationale à se recroqueviller en fermant les portes aux investisseurs internationaux.

Si des pays africains ont encore du mal à vivre l’alternance, c’est parce que des attitudes traditionnelles telles le communautarisme, le népotisme, l’égoïsme familial ainsi que clientélisme continuent à faire écran et empêchent le réel développement socio-économique. La solidarité et l’esprit de convivialité, considérés longtemps comme valeurs africaines, se métamorphosent au fil des temps en contre-valeurs. L’africain qui s’est longtemps occupé des membres de sa famille maintient la même attitude lorsqu’il arrive au pouvoir. D’où la gouvernance sinistrée.

La dictature, cause de la conception traditionnelle d’une autorité à vie ou pour toujours, héritage reçu de la tradition ethnique ou familiale, s’oppose totalement aux principes de démocratie qui veulent que le peuple ait sa part de pouvoir dans la politique et la gouvernance. L’africain, renommé par sa sociabilité, se sent contrarié, voire humilié lorsqu’il s’agit de discuter ou de dialoguer avec ceux qui ne sont pas de la même ethnie, de la même religion, de la même opinion politique que lui. La difficile intégration de la notion d’intérêt général continue à faire défaut. L’irrésistance vis-à-vis de la pression ethnique, familiale, partisane et amicale se vit au quotidien. La tendance souvent inconsciente, à vivre dans l’opulence, ne fait que creuser le fossé entre les leaders et les peuples.

Les sociétés africaines étant généralement hiérarchisées, le chef est respecté et craint. Il ne peut pas être contredit par ses subordonnés. Dès lors, se remettre en cause devient presque impossible pour certains leaders. Les sociétés traditionnelles se sont construites à travers une conception de l’« aîné » comme le « sage du village », donc tout puissant, exempt d’erreur. Une telle conception s’applique à la gouvernance politique et toute procédure démocratique devient de facto fastidieuse.

Bien que certains aspects des cultures africaines expliquent la mal gouvernance de quelques dirigeants africains, d’autres facettes de ces mêmes cultures constituent un levier puissant pour le développement économique de beaucoup de pays d’Afrique. En marge de ces valeurs et contre-valeurs culturelles, on n’oublie souvent que les compétences intellectuelles (rigueur dans le travail, cohérence, logique, pertinence…) se trouvent à la base de toute réussite en matière de gestion et de gouvernance. Bref, tout ne s’explique pas par des facteurs culturels. Il existe d’autres facteurs internes et externes qui poussent certains dirigeants africains à adopter de faux ou mauvais principes de gouvernance et de gestion. Rappelons au terme qu’aucune culture ne peut à l’heure actuelle, se développer en autarcie ou en vase clos. Toute culture est appelée à l’interdépendance et doit être appréhendée en termes dynamique, comparatif et différencié. Le développement ne serait-il donc pas une démarche planifiée, à la fois individuelle et collective, de changement de pensée et de mentalité afin de rendre le continent africain, chacun de ses pays, plus apte à atteindre ses objectifs à court et moyen terme ?

©  Source : Faly RAMAMIARIVONY

[1] Jeune Afrique Economique, Que valent nos leaders ?, N°371, Octobre 2006, p.16-17.

[2] ZADI Kessy, Culture africaine et gestion de l’entreprise moderne, Abidjan, CEDA, 1998, p.10

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Quand l’Afrique se soustrait à la marche du monde : de nouveaux esclaves?

30092009

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Par Ousmane Sow(journaliste, Montréal) – Article publié en 2006.

Il arrive dans la vie qu’une conversation banale vous secoue pendant des heures voire des jours. J’attendais tranquillement un ami au terminus d’autobus de Montréal quand un monsieur d’un certain âge a pris place à mes côtés avant d’engager l’une des conversations les plus instructives de ma vie.

Professeur d’études stratégiques dans un institut international, l’homme connaît le continent africain « comme le fond de sa poche » soutient-il. Son analyse, son point de vue sur l’avenir de l’Afrique ne peuvent que nous interpeller.  Lisez plutôt . Je vous rapporte aussi fidèlement que possible ses propos:

« Cela fait maintenant plus de 25 ans que j’enseigne la stratégie. Dans ma carrière, j’ai eu affaire à des dizaines d’officiers et de hauts fonctionnaires africains. Je suis malheureusement obligé de vous dire ceci : du point de vue des études stratégiques, de l’analyse et de l’anticipation, je leur donne un gros zéro pointé. Nos stagiaires africains sont très instruits, ils ont de belles tenues militaires ou manient le français de manière remarquable, mais, dans les cours, ils ne nous apportent rien.

Tout simplement, parce qu’à ma connaissance, dans toute l’Afrique francophone, il n’y a pas un seul centre d’études stratégiques et internationales avec des vrais professionnels à leur tête. Je vais vous expliquer pourquoi je n’ai aucun espoir pour ce continent. Au moment où je parle, le monde fait face à trois enjeux principaux : l’énergie, la défense stratégique et la mondialisation. Donnez-moi un seul cas où l’Afrique apporte quelque chose. Rien. Zéro.

 

Commençons par l’énergie et précisément le pétrole. Tous les experts mondialement reconnus sont unanimes à reconnaître que d’ici 15 à 20 ans, cette ressource sera rare et excessivement chère. En 2020, le prix du baril tournera autour de 120 dollars. C’est conscients de cette réalité que des pays comme les USA, la France, la Chine, le Royaume Uni, etc. ont mis sur pied des task force chargés d’étudier et de proposer des solutions qui permettront à ces nations de faire main basse sur les ressources mondiales, de s’assurer que quoi qu’il advienne, leur approvisionnement sera assuré.

Or, que constate-t-on en Afrique ? Les dirigeants de ce continent ne sont même pas conscients du danger qui les guette : se retrouver tout simplement privé de pétrole, ce qui signifie ni plus ni moins qu’un retour à la préhistoire !

Dans un pays comme le Gabon qui verra ses puits de pétrole tarir dans un maximum de 10 ans, aucune mesure de sauvegarde, aucune mesure alternative n’est prise par les autorités. Au contraire, ils prient pour que l’on retrouve d’autres gisements. Pour l’Afrique, le pétrole ne comporte aucun enjeu stratégique : il suffit juste de pomper et de vendre. Les sommes récoltées prennent deux directions : les poches des dirigeants et les coffres des marchands d’arme. C’est pathétique.

 

Ensuite, la défense stratégique. L’état de déliquescence des armées africaines est si avancé que n’importe quel mouvement armé disposant de quelques pick-up et de Kalachnikov est capable de les mettre en déroute. Je pense qu’il s’agit plus d’armées de répression intérieure que de guerre ou de défense intelligente. Pourquoi ? Parce que, comparées aux armées des nations développées, de la Chine, de l’Inde ou du Pakistan, les forces africaines rappellent plus le Moyen âge que le 21e siècle. Prenez par exemple le cas de la défense anti-aérienne. Il n’y a quasiment aucun pays qui possède un système de défense équipé de missiles anti-aériens modernes. Ils ont encore recours aux canons antiaériens.. Les cartes dont disposent certains états-majors datent de la colonisation ! Et aucun pays n’a accès à des satellites capables de le renseigner sur les mouvements de personnes ou d’aéronefs suspects dans son espace aérien sans l’aide de forces étrangères. Quelle est la conséquence de cette inertie ? Aujourd’hui, des pays comme les Etats-Unis, la France ou le Royaume-Uni peuvent détruire, en une journée, toutes les structures d’une armée africaine sans envoyer un seul soldat au sol…… Rien qu’en se servant des satellites, des missiles de croisière et des bombardiers stratégiques. A mon avis et je crois que je rêve, si les pays africains se mettaient ensemble, et que chacun accepte de donner seulement 10 % de son budget militaire à un centre continental de recherche et d’application sur les systèmes de défense, le continent peut faire un pas de géant. Il y a en Russie, en Ukraine, en Chine, en Inde, des centaines de scientifiques de très haut niveau qui accepteraient de travailler pour 3000 dollars US par mois afin de vous livrer des armes sophistiquées fabriquées sur le continent et servant à votre défense. Ne croyez pas que je rigole. Il ne faut jamais être naïf. Si la survie de l’Occident passe par une recolonisation de l’Afrique et la mainmise sur ses ressources naturelles vitales, cela se fera sans état d’âme. Ne croyez pas trop au droit international et aux principes de paix, ce sont toujours les faibles qui s’accrochent à ces chimères. Je pense qu’il est temps de transformer vos officiers (dont 90 % sont des fils à papa pistonnés qui ne feront jamais la guerre et je sais de quoi je parle) en scientifiques capables de faire de la recherche et du développement. Mais, je suis sceptique. Je crois que ce continent restera enfoncé dans le sommeil jusqu’au jour où le ciel lui tombera sur la tête.

 

Enfin, la mondialisation. Malheureusement, comme dans tous les autres sujets qui ont fait leur temps, les stagiaires africains que nous recevons sont d’excellents perroquets qui répètent mécaniquement les arguments qu’ils entendent en Occident. A savoir, il faut la rendre humaine, aider les pays pauvres à y faire face. Vous savez, dans mes fonctions, il y a des réalités que je ne peux dire, mais je vais vous les dire. La mondialisation est juste la forme moderne de perpétuation de l’inégalité économique. Pour être clair, je vous dirai que ce concept a un but : garder les pays pauvres comme sources d’approvisionnement en biens et ressources qui permettraient aux pays riches de conserver leur niveau de vie. Autrement dit, le travail dur, pénible, à faible valeur ajoutée et impraticable en Occident sera fait dans le Tiers-monde.

Ainsi, les appareils électroniques qui coûtaient 300 dollars US en 1980 reviennent toujours au même prix en 2006. Et puisque l’Afrique n’a toujours pas un plan cohérent de développement économique et d’indépendance, elle continuera à être un réservoir de consommation où seront déversés tous les produits fabriqués dans le monde. Pour moi, l’indépendance signifie d’abord un certain degré d’autonomie. Mais, quand je vois que des pays comme le Sénégal, le Mali, le Niger, le Tchad ou la Centrafrique importent quasiment 45 % de leur propre nourriture de l’étranger, vous comprendrez qu’un simple embargo militaire sur les livraisons de biens et services suffirait à les anéantir.

Pour terminer, je vais vous raconter une anecdote. Je parlais avec un colonel sénégalais venu en stage chez nous il y a quelques mois. Nous regardions à la télévision les images de millions de Libanais qui défilaient dans les rues pour réclamer le retrait des soldats syriens de leur pays. Je lui ai demandé ce qu’il en pensait. Il m’a répondu : « Les Libanais veulent retrouver leur indépendance et la présence syrienne les étouffe ».

C’est la réponse typique de la naïveté emprunte d’angélisme. Je lui ai expliqué que ces manifestations ne sont ni spontanées ni l’_expression d’un ras-le-bol. Elles sont savamment planifiées parce qu’elles ont un but. Israël piaffe d’impatience d’en découdre avec le Hezbollah et puisque Tel-Aviv ne peut faire la guerre en même temps aux Palestiniens, au Hezbollah et à la Syrie, son souhait est que Damas se retire. Une fois le Liban à découvert, Israël aura carte blanche pour l’envahir et y faire ce qu’elle veut. J’ai appelé cet officier sénégalais il y a deux jours pour lui rappeler notre conservation.

Malheureusement, il était passé à autre chose. Son stage ne lui a servi à rien.

J’espère vraiment qu’un jour, les Africains auront conscience de la force de l’union, de l’analyse et de l’anticipation. L’Histoire nous démontre que la coexistence entre peuples a toujours été et sera toujours un rapport de force. Le jour où vous aurez votre arme nucléaire comme la Chine et l’Inde, vous pourrez vous consacrer tranquillement à votre développement. Mais tant que vous aurez le genre de dirigeants que je rencontre souvent, vous ne comprendrez jamais que le respect s’arrache par l’intelligence et la force.

Je ne suis pas optimiste. Car, si demain l’Union africaine ou la CEDEAO décide de créer un Institut africain d’études stratégiques crédible et fiable, les personnes qui seront choisies se précipiteront en Occident pour apprendre notre manière de voir le monde et ses enjeux. Or, l’enjeu est autre, il s’agit de développer leur manière de voir le monde, une manière africaine tenant compte des intérêts de l’Afrique. Alors, les fonctionnaires qui seront là, à statut diplomatique, surpayés, inefficaces et incapables de réfléchir sans l’apport des experts occidentaux se contenteront de faire du copier-coller, ce sera un autre parmi les multiples gâchis du continent.

Avant que vos ministères des Affaires étrangères ne fassent des analyses sur la marche du monde, ils feraient mieux d’en faire d’abord pour votre propre « intérêt ».

© Ousmane Sow(journaliste, Montréal)




Lu pour vous > Vers la définition d’un néotribalisme

29092009

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Cet article a été publié en décembre 2000, par Lionel Poutau, du GREMES, un groupe de recherche du Centre d’Etude sur l’Actuel et le Quotidien, Université René Descartes – Sorbonne Paris V. L’auteur décline dans cet article une typologie du tribalisme. Tribalisme et tribalité, composantes récurrentes du débat socio-politique en Afrique.

 

Par Lionel Pourtau

1ère partie – Tribalisme, ethnisme et néotribalisme

Le terme de tribu est revendiqué par beaucoup de Sound Systems techno. Il a la légitimité de l’appropriation puisque ce sont eux-mêmes qui ont désigné de se baptiser ainsi. Pourquoi cet usage ? S’agit-il d’un sens détourné ou correspond-il aux définitions canoniques de l’ethnologie et de l’anthropologie ? On sait que des auteurs récents ont décidé de l’utiliser pour définir des phénomènes sociaux contemporains(1) de nos civilisations industrielles occidentales. Est-ce un effet de style ou peut-il se réclamer d’une légitimité épistémologique ?
Dans la littérature ethnologique, le mot tribu et ses dérivés a été peu à peu remplacé par celui d’ethnie sans que l’on remette cependant en cause le premier et sans que l’on ne donne des raisons précises pour ce remplacement. En fait, il semble que le premier soit victime d’une image un peu rétro et liée à un vocabulaire colonial. Pourtant son utilisation par les grands noms de la discipline de Schapera(2) à Godelier n’a jamais jusqu’ici été remise en question.
Pouvons-nous, dans notre cas, aussi utiliser cette deuxième terminologie pour nos tribus technoïdes ? Il faudra mener ces deux enquêtes lexico-anthropologiques de front.
Nous allons découvrir des zones de flou où les rares points de fixité sémantique servent nos intérêts.
Notre hypothèse est que le tribalisme et donc la notion d’ethnisme qui l’accompagne regroupe plusieurs phénomènes sociaux distincts :
La tribu est d’abord une construction d’origine européenne qui fut exportée afin de définir, de circonscrire des réalités communautaires nouvelles pour les explorateurs et les colons. En même temps, pour ceux à qui on l’imposa, elle s’avéra une réaction, une organisation possible pour se différencier d’un occupant, d’une altérité radicale qui pénétrait leur monde avec une rare violence. Enfin la tribu est devenue le symbole d’opposition à la logique moderne d’Etat, de nation. La tribu, c’est ce que détruit la modernité, donc c’est ce qui s’y oppose, activement ou passivement. C’est donc peut-être aussi cette structure qui, mutatis mutandis, se réactive lorsque la modernité mute, voire vacille.
Pour ceux qui se sentent victimes, menacées par une société dépersonnalisée, y compris au sein de l’occident, elle peut sembler un modèle de résistance, une forme de liberté.

 

I-Histoire de la terminologie

1) Une invention occidentale

Tribu semblerait venir de l’indo-européen par le grec phulé qui induit une communauté de naissance. Dès la Grèce homérique (VIII ème siècle) il semblerait qu’il y ait déjà la notion d’assemblage composite :

 » Sur le territoire grec anciennement habité par les Doriens, une région éléenne s’appelle Triphulia, attestant clairement la division en  » 3 tribus  » des 1ers habitants : Nous aurions là le pendant approximatif du latin tribus(3) « .

Dès sa naissance Rome aurait été divisé en trois groupes, les Ramnes, les Luceres et les Tities appelés les 1/3 groupes ou tribus. On ne sait si cette division était territoriale, fonctionnelle, ou ethnique.
De tribus à ethnie, il n’y a qu’un pas. Mais là aussi, l’étymologie est parlante :
Ethnie vient du grec ethnos (ethnè au pluriel) qui désigne à l’origine les peuples qui n’ont pas choisi une organisation en cité-Etat, les polis.
Selon Irving Howe, le terme d’ethnie est très pratique puisque personne ne peut le définir(4). Tous ceux qui tentent la circonscription rencontrent les mêmes faiblesses et s’entendent pour y voir une construction discutable des administrations coloniales plus motivées par des raisons politiques et idéologiques que par des interrogations scientifiques. Les pays colonisateurs ont ainsi procédé à une typologie ethnique des populations africaines. Ils ont hypostasié leur existence, en ont fait une essence permettant ainsi d’opposer la stagnance tribale de toute éternité à la dynamique des Etats-nations modernes. Mais les anthropologues ont montré que les prétendus antagonismes tribaux mis en avant par les bureaux arabes ou africains étaient le plus souvent des constructions récentes de l’histoire coloniale(5) et que ce  » tribalisme « là était beaucoup plus des symptômes liés aux mécanismes exogènes de modernisation politique et économique que révélateur d’une tradition indépassable. Les tribus étaient considérées comme des germes primitifs d’Etats. Elles sous-entendaient une certaine homogénéité culturelle ou linguistique avec une souveraineté spatiale. C’est pour cela que les anglo-saxons utilisèrent le terme de  » tribe « .
Ainsi le tribalisme et l’ethnisme comme faits sociaux et comme terminologie sont en grande partie des produits terminologiques de la modernité et de l’Occident.

2) Approches théoriques de l’ethnicité

Weber n’aimait pas trop le concept de tribu qu’il rattachait d’ailleurs lui aussi immédiatement à celui d’ethnie. Il avait déduit de son utilisation hébraïque et romaine qu’il s’agissait de subdivisions artificielles utilisant  » le symbolisme de la communauté de sang(6) « . Pour lui la conscience tribale est une question de destin politique et non d’origine ethnique.
On peut les classer en 2 familles :
* Théories naturalistes primordialistes :
* Théorie sociobiologique : Dans ce modèle, l’ethnicité est prioritairement une question génétique et de sélection parentale. Pour Van den Berghe(7), les classifications ethniques sont des extensions des classifications parentales, les sentiments ethniques sont des extensions des sentiments parentaux. Les classifications et les sentiments ethniques sont le produit d’une force occulte voire inconsciente que constitue la lutte de nos gènes pour leur reproduction.
Aucune de ces propositions n’a jamais été démontrée. Par contre, les 2 premiers points ne sont valables qu’en cas de classification parentale basée sur la parenté biologique. Or l’anthropologie regorge d’exemples où il n’y a pas de correspondance entre parenté biologique et parenté sociale.
* Théories primordialistes non-biologiques : D’autres théories peuvent se parer de l’indiscutabilité sans passer par l’explication biologique. Pour le sociologue britannique Edward Shils. L’attachement à ce que l’on conçoit comme les liens du sang possède une signification, une force supérieure à toutes les autres. Il estime qu’il y a dans cette fidélité une forme de transcendance du même type que leurs sentiments religieux, comme des attributs sacrés(8)
Cette théorie est déjà plus intéressante mais le mysticisme et l’appel à des forces primordiales indélébiles valorisent encore sans en démontrer les mécanismes la naissance. Cependant, ce primordialisme s’enrichit chez Jack Eller et Reed Coughlan(9) de la notion  » d’affectivité  » qui a l’avantage de se passer d’origine sublime et ténébreuse. Pour Marco Martiniello, la faiblesse de l’ethnicité primordialiste est de permettre  » d’expliquer les phénomènes sociaux et politiques mais d’échapper à toute explication(10) ». Par ailleurs, rajoute-t-il, quid des ascendances mixtes ?
* Théories sociales :
* Théories objectivistes : Elles insistent sur les structures sociales et sur la particularité des contenus culturels. L’ethnicité est un outil dont les agents sociaux se servent de façon consciente, rationnelle pour leurs stratégies(11).
* Théories subjectivistes : Elles mettent en avant la dimension subjective de l’ethnicité et se focalisent sur les éléments expliquant le sentiment d’appartenance ou l’identification individuelle au groupe ethnique. Elles cherchent à répondre aux changements d’ethnicité selon l’environnement.

Les théories sociales, qui sont à l’heure actuelle les plus rigoureuses et les plus consensuelles dans l’anthropologie, sont plutôt dynamiques et surtout non substantialistes puisqu’elles voient le rapport à l’ethnicité et son utilisation par les agents.

3) Fredrik BARTH

BARTH Fredrik (né en 1928)

Cet ethnologue scandinave a tout particulièrement étudié les processus de sédentarisation chez les nomades ( Basseri de l’Iran en 1957-1958). Il ouvre la conceptualisation segmentaire aux stratégies de lutte de pouvoir et à la constitution de groupes au fondement politique.(12)
Intéressons-nous plus particulièrement aux théories sociales subjectivistes, qui centrent leur intérêt sur la construction identitaire du phénomène ethnique. Un auteur et un livre s’imposent : l’anthropologue norvégien Fredrik Barth et son célèbre ouvrage Ethnic Groups and Boundaries(13). Inspiré par des auteurs comme Shirokogoroff(14) ou Mühlmann(15), il propose de décaler notre attention de l’ethnicité en termes de groupes humains différents caractérisés par une histoire et une culture propre vers les requis pour l’émergence de distinctions ethniques dans une zone donnée :

 » Les questions relatives à la constitution des groupes ethniques, et à la nature des frontières qui les séparent, n’ont pas été soumises à l’examen de façon (…) systématique. « 

De plus il remet en question la nécessité de l’isolement pour le développement ou le maintien d’une ethnie.

 » [Les distinctions de catégories ethniques] impliquent des processus sociaux d’inclusion ou d’incorporations par lesquelles des catégories se maintiennent, malgré des changements dans la participation et l’appartenance au cours des histoires individuelles(16). D’autre part, on découvre que des relations sociales stables, persistantes et souvent d’une importance sociale vitale perdurent de part et d’autre de telles frontières et sont fréquemment fondées précisément sur ces statuts ethniques dichotomisés. « 

Barth parle des groupes ethniques comme de vaisseaux dont le contenu varie d’un système à l’autre puisqu’il se définit au contact des autres systèmes socioculturels. Il montre qu’identité culturelle et identité ethnique ne sont mouvants et supposent des redéfinitions régulières pour se différencier de ses voisins.
On retrouve l’influence des travaux d’Erving Goffman(17) et de son interactionnisme. Le commentant Martiniello dira :

 » La culture n’est pas une donnée. Elle n’est pas stable. Elle est toujours en flux(18) « .

L’appartenance ethnique n’est nullement obligatoirement de naissance. Elle peut répondre à un choix individuel. L’ethnie existe au contact avec d’autres logiques sociales, elle se renforce même de ce voisinage. On choisit d’être à un moment donné d’une ethnie, par rapport à un autre groupe, une autre ethnie. La culture n’est plus seulement un élément de définition mais aussi une conséquence, une implication de la structuration des frontières entre les groupes ethniques.

Pour notre auteur, l’identité ethnique est liée à la situation sociale de celui qui s’en réclame. Il met en avant le sentiment d’appartenance partagé entre le groupe et l’individu et les marqueurs symboliques destinés à marquer le changement de territoire ethnique. Tout en la validant sur l’essentiel, Martiniello lui fait une critique, le manque de profondeur historique. Mais c’est là pourtant selon nous qu’est le point fort de cette théorie. Elle ne se réfère pas à des commencements, elle les explique.

II – Les stratégies d’instrumentalisation ethnique

1) Des choix conscients

Ce sont aussi d’une certaine façon des théories sociales non substantialistes de l’ethnicité. Elles permettent d’expliquer la naissance d’expressions comme  » les bandes ethniques  » avec lesquelles les journalistes sensationnalistes et les politiciens  » paranoïaphiles  » aiment jouer. Cette ethnicité brandie dans les violences urbaines des banlieues métropolitaines n’a historiquement et culturellement rien à voir avec les sociétés traditionnelles. Ce son des acteurs politiques et sociaux neufs qui mettent en avant ce que Daniel Bell appelle une  » nouvelle ethnicité(19) « . Il s’agit ici de transformer une marginalité, une déviance entre signe d’appartenance à une minorité pour bénéficier des avantages induits comme une protection ou des mécanismes de solidarité. L’ethnicité n’est plus un lien historique mais une complète invention, un artefact, une option stratégique.

On s’intègre à une ethnie artificielle (mais y en a-t-il qui ne le sont pas ?) Pour résister à une situation sociale insatisfaisante en étayant une personnalité individuelle par des liens avec un groupe estimé. Rien de neuf ici, mais cela montre à quel point les ethnies sont des constructions faites pour répondre à un souci présent.

On pénètre de plus en plus dans l’ethnisme imaginaire ou symbolique, assez similaire à celui qu’Herbert Gans(20) a observé chez les Américains aux origines européennes multiples qui se choisissent un ancêtre parmi leur arbre généalogique et décident de le majorer. Les voilà donc Italiens, Irlandais, etc.

2) Organisation sociale de la tribu

Dans une logique chronologique et évolutionniste, on distingue 4 stades, de la bande à l’Etat en passant par la tribu et la chefferie. Pour Sahlins(21), ce sont les transformations économiques qui auraient permis le passage des bandes de chasseurs-collecteurs aux tribus au moment de la révolution néolithique. Sous les concepts d’économie néolithique et de sociétés tribales, on retrouve aussi bien des sociétés d’agriculteurs sur brûlis d’Amazonie, des pasteurs nomades de la ceinture sèche d’Asie et d’Afrique que les chasseurs montés d’Amérique. Dans la grande majorité des cas, les tribus ne répondaient pas aux critères canoniques. Certaines avaient la même langue, des activités ou des coutumes différentes et vice versa. Pour Elikia M’Bokolo, beaucoup d’exemples montrent que certaines ethnies sont  » des associations s’étant construites une origine mythique et un sentiment d’appartenance commune « . Ainsi des Téké du Congo, du Zaïre et du Gabon(22). Les exemples ne manquent pas pour montrer la fluidité du concept et son adaptabilité à de nombreux cas. Donc la dénomination ethnique fut avec le même bonheur appliquée à des groupes sociaux professionnels comme les commerçants ou les bijoutiers par les administrations coloniales déroutées par les mosaïques communautaires qu’elles rencontraient :
 » Aujourd’hui encore, on dit par exemple que les Dioula sont des commerçants, que les Bamiléké du Cameroun sont des entrepreneurs, etc. C’est vrai mais à un détail près : les gens ne sont pas Bamiléké ou Dioula avant d’être entrepreneurs ou commerçants. C’est parce qu’ils entrent dans le réseau et en adopte la langue, les usages et la religion qu’ils méritent d’être appelés ceci ou cela(23) ».

Le tribalisme induit aussi bien le nomadisme que le sédentarisme, la naissance que la stratégie. On est fait et on fait tribu autant qu’on y naît. On finit par tomber sur un très petit dénominateur commun, profondément subjectif de plus.

Pour Maurice Godelier(24), lecteur attentif de Sahlins, le tribalisme désigne un petit groupe de traits visibles de fonctionnement de nombreuses sociétés  » primitives « , à savoir le caractère segmentaire des unités socio-économiques élémentaires, le caractère réel ou apparent de  » groupe de parenté « .
Mais les 4 (ou 3, les 2 stades intermédiaires furent réunis dans des écrits postérieurs) stades de Sahlins sont-ils des étapes de l’Histoire en voie de modernisation téléologique ? Non. Ainsi certaines sociétés de chasseurs collecteurs d’Amérique latine sont en fait ce que Claude Lévi-Strauss appelle de  » faux archaïsmes « . Ce sont d’anciennes tribus agricoles très avancées dans ce domaine qui ont été repoussées par d’autres tribus vers la forêt et ont perdu la pratique de l’agriculture.

Le passage par le stade de société tribale, même débarrassé de toute lecture biologique, évolutionniste ou même diffusionniste peut être historicisé. Mais des événements qui ont conduit à un changement de statut peuvent être suivis d’autres événements engendrant une circulation vers une autre des 4 étapes.

Réponses hypothétiques à quelques remarques probables

Le problème de la parenté : La filiation n’a aucune importance dans les technotribus. Mais il en est de même dans nombre de sociétés tribales traditionnelles. Ainsi en Mauritanie où les structures tribales sont encore fortes, la filiation passe par un ancêtre commun mythique. Au Rwanda, un Hutu ( traditionnellement agriculteur) peut être considéré comme un Tutsi (traditionnellement éleveur) s’il achète un vaste cheptel. Rien ne caractérise plus la filiation biologique que le fantasme et le symbolique. Notre hypothèse vise à montrer que la structuration en organisation n’est ni téléologique, ni irrémédiable bien qu’historicisé. On comprendra donc qu’un européen ayant grandi dans un milieu à polarisation
Un/Tout ÛIndividu/Nation
en gardera des influences comme la symbolisation des rapports de parenté. De façon générale le droit occidental va vers la valorisation des parentés sociales sur les parentés biologiques(25). Une repolarisation tribalisante au sein d’un Etat-nation absorbe ce genre d’altérations.

Le problème du relativisme d’une utilisation des termes  » Tribus, tribalisme  » : Cela nous semble caractéristique d’une conséquence de l’ethnocentrisme. Pour un anthropologue français ou anglais et a fortiori pour une personne assez peu intéressée par ces questions, il va de soi de qualifier de tribale l’organisation de sociétés traditionnelles comme les Torobe de Mauritanie ou les tribus saoudienne du Hedj. Pourtant les premiers sont de pauvres cultivateurs sédentaires et les secondes des nomades pasteurs enrichis par le pétrole. Il est probable qu’un Torobe ne se sentira pas plus proche d’un Hedjite que d’un technoïde anglais et vice versa. Parce que le terme est souvent péjoré, il en est de la tribu comme du barbare, c’est l’autre. La mise en définition a toujours quelque chose de diminuant. Nous avons tous une haute idée de notre pluralité et vivons mal notre mise en forme alors que celle des autres nous semble logique.
Les différences sont peut-être ici moins significatives que les rapprochements.

Avec une telle définition du tribalisme et de l’ethnisme, quelle est la différence entre une tribu et une minorité consciente d’elle-même ? : C’est un problème qui n’est pas encore réglé. Mais paradoxalement, on fera remarquer que cette excellente question, l’ethnologie se la pose aussi sur ses tribus traditionnelles. Cette faiblesse épistémologique, commune au tribalisme traditionnel et au technotribalisme est aussi un élément nous indiquant la parenté, y compris dans ses lacunes (peut-être provisoires) de la terminologie ethno-tribale. C’est en la creusant que nous espérons mettre un jour une structure sociale anhistorique relativisant la différence entre sociétés chaudes et sociétés froides.

 

2ème partie – La polarisation tribus-Société

Nous espérons avoir montré que la terminologie ethno-tribale peut être utilisée au-delà de son  » espace ethnologique naturel ». En effet rien dans ses caractéristiques ne permet de la cantonner aux sociétés froides.

Mais que l’on ne se méprenne pas sur notre démarche. Il ne s’agit pas de chercher dans l’ethnologie la protection tutélaire d’une discipline universitaire. Nous souhaitons montrer que :
1/ Une métaphore n’est pas totalement détachée de la réalité historique et des autres pratiques discursives qui l’ont précédée.
2/ Nous observons que le sens étymologique et le nôtre ont des naissances similaires. Ce sont des constructions a posteriori pour réguler des mouvements sociaux, des forces populaires de la part des instituants, tenants de l’ordre et de l’autorité.

 

I – Un mode de réaction face à l’inconnu

1) Des conséquences de la peur

La classification exogène en tribu est l’action d’une pensée qui se veut moderne face à quelque chose qu’elle ne saisit pas bien. La classification est une est un acte de transformation de la peur. La magie, la sorcellerie qui sont des formes de rationalisation des Puissances qui échappent et qui menacent l’ont bien compris en leur temps : celui qui connaît le nom du démon ou du dragon peut le contrôler. Savoir pour mettre en lumière ce qui, dans l’ombre, est inquiétant.
La modernité a pris pour habitude de placer ce qu’elle rejette dans un âge de ténèbres ou dans l’obscurantisme. Les tribus sont du temps où le monde ou des parties du monde étaient encore  » primitifs « . Un technoïde qui se voulait un peu lettré et qui s’était rebaptisé du nom très significatif de Shamael m’a dit un jour qu’il faisait l’apologie de l’ombre parce que les soleils blafards lui donnaient la migraine. Il est logique que ceux qui rejettent le monde moderne cherchent dans un passé disqualifié par ceux qu’ils disqualifient de nouvelles façons de vivre. Avant ce temps perçu comme appauvri et désenchanté, il y avait les tribus ? Et bien soit, prenons cet habillage ! Construisons des identités collectives intermédiaires entre un individu menacé de stérilité et de solitude et une universalité unitaire trop lointaine et peut-être trop éblouissante. Certes il doit y avoir ici aussi l’usage d’un mythe, celui du bon sauvage rousseauiste.

2) Exister en étant contre

Nous avons là 2 pôles : celui du tribal, de la segmentation arlequinesque, et celui de la nation du fantasme de l’unité dont la mondialisation n’est qu’un des derniers avatars. Pourquoi ce mouvement de balancier ? Pourquoi semble-t-on toujours repasser par les mêmes structures ? Parce qu’on se définit toujours contre le dernier par la pénultième. Il ne s’agit pas de répétition. On ne revient jamais en arrière dans les faits. Car les conditions, les environnements ont changé. Mais on crée du neuf par l’utilisation imaginaire de l’ancien.
- Le dominant se renforce en déplaçant l’altérité dans l’Ancien, c’est la démarche coloniale dont nous avons parlé.
- A l’intérieur des dominants, ceux qui se lassent, ceux qui ne trouvent plus satisfaction dans cette vision du monde construisent de l’altérité à l’aide de l’Ancien.
En dernier recours, l’imaginaire est peut-être un modus vivendi face à la peur du Nouveau. Lorsque l’homme sent le besoin d’aller au-delà de ce qu’il y a,  » le silence de ces espaces infinis [l]‘effraie(26) « . Donc il prend dans ce qu’il y avait avant. Comme sa connaissance n’en est que partielle et que ses besoins sont en partie nouveaux, il recourt à l’imaginaire pour adapter son emprunt au passé à ses usages futurs. Ainsi il y a cohésion entre le passé, le présent et le futur par l’usage éternellement renouvelé des même structures.
La construction d’une identité collective, ethnique, pour changer de réalité est aussi un moyen d’avancer vers des terres inconnues en groupe. C’est en cela que la notion barthienne de  » vaisseau  » nous semble utile. A partir d’une volonté individuelle d’opposition à un Ordre quelconque, on fait tribu, on fait une altérité, un collectif pour vivre non pas sa différence mais une différence. Nous établissons comme hypothèse que le fait d’être contre est premier, avant même d’être pour autre chose, une valeur, un mode de vie, etc. Pour expliquer la création tribale en tant que phénomène d’un principe de transgression volontaire et en particulier le passage de la frontière entre l’ancienne et la nouvelle organisation, nous tentons le terme d’hétérogonie. Ce monde d’engeance n’est pas suffisant pour expliquer la spécificité de la culture technotribale, cela se fera ailleurs, mais donne le pourquoi d’un détachement et le mouvement de balancier entre les 2 structures.

3) Exister en se mettant avec d’autres

L’ethnologie classique a voulu faire du tribalisme un intermédiaire entre les bandes prénéolithiques et les nations. Peut-être aujourd’hui serait-il plus adéquat d’y voir un intermédiaire entre l’individu avec sa famille nucléaire et l’Etat-nation. Les Lumières ont voulu réduire le corps social à cette simple dualité IndividuÛNation. Aujourd’hui la nation elle-même tend à se diluer sous l’effet de la mondialisation. L’homme se retrouve seul face à l’humanité tout entière. Les corps intermédiaires, les uns après les autres, ont disparu. La famille, le village, le syndicat, les partis, les internationales, tous ont éclaté sous les coups des révolutions industrielles. Le communautarisme s’est développé pour combler le vide entre les deux pôles. Remarquons qu’il a choisi des angles d’attaques où l’imagination et le fantasme ont la part belle : Les identités sexuelles ou religieuses. Mais ce lien intermédiaire qu’est la communauté ne suffit pas à couvrir tous les besoins humains de collectif. Au-delà des thématiques particulières que sont les deux citées ci-dessus, elles sont aussi d’un haut niveau d’abstraction sauf à vivre dans une logique de ghetto. Les tribus technoïdes par exemple sont des unités de petite dimension, très fortement identifiées entre elles et avec de nombreuses pratiques fusionnelles. Le néotribalisme est peut-être un microcommunautarisme.

II – L’enjeu de l’autre

En cela que l’anthropologie, sous ses différentes formes, peut nous aider. Elle est une gestion de l’altérité au service du présent. Elle est un outil et un enjeu de la bipolarisation et donc de la perpétuation/régénération

1)La guerre contre l’autre

Au plan social, les tenants de la sociobiologie ont pour souci de supprimer l’altérité jugée non pas horizontalement mais verticalement comme un état inférieur, pathologique qu’il faut éradiquer comme on éradique la variole. Nul besoin de retourner à la folie hitlérienne. En 1994, Charles Murray établissait un lien entre race, intelligence et pauvreté et expliquait qu’il ne fallait pas soutenir la reproduction des pauvres (comprenez par-là l’aide sociale) sous peine de voir la moyenne de l’intelligence nationale baisser(27).
Au plan politique, elle peut être un outil de minoration de la différence comme l’utilisation de l’anthropologie par les autorités coloniales en Afrique nous l’a montré. Historiquement, le développement de l’anthropologie correspond à la période de colonisation du monde par l’Europe.
Nous utilisons le terme d’A/autre au sens lacanien du terme.
Le mot  » autre  » (a minuscule) représente l’autre, imaginaire, qui intervient dans la dualité, lieu de l’altérité en miroir. L’Autre (A majuscule) est un lieu symbolique (le signifiant, la loi, l’inconscient, parfois Dieu) qui détermine le sujet soit de façon extérieure à lui-même, soit de façon interne au sujet, dans sa relation au désir.
C’est ici le premier sens qui nous intéressei. Emprunté à Henri Wallon et conceptualisé en 1936, explicité en 1938 dans Les Complexes familiaux(28), il construit une théorie de l’altérité centrée sur le spectaculaire et l’imaginaire. On désigne l’autre comme un autre soi-même mais marquée par la prévalence de la relation duelle à l’image du semblable. Il faut ici rappeler l’influence de La phénoménologie de l’esprit de Hegel relue par Kojève sur Lacan. Il y a l’idée d’une dialectique de la négativité qui induit que toute reconnaissance de l’autre passe par une lutte à mort. Dans cette vision, l’autre n’a pas de réelle existence puisque le désir de l’homme se définit prioritairement comme le désir de chaque  » Un  » de faire reconnaître son désir de façon absolue, quitte à annuler l’autre au cours d’un processus de mise à mort.
C’est cette soft-annihilation qui est mise en œuvre dans les projets d’anthropologie coloniale ou dans la sociobiologie.

2) La société-léviathan comme altérité radicale et horresco referens

La Société, normative, est perçue un autre tout puissant et menaçant. Derrière cette perception d’une menace totalitaire se cache un mélange de l’Etat institutionnel comme principe de domination, de la nation comme principe unificateur et de la mondialisation économique,  » l’horreur économique  » comme principe de spoliation. C’est contre cette créature, ce nouveau Léviathan composite et plus ou moins chimérique que des personnes se définissent et cherchent à construire un mode de vie alternatif. Comme le monstre biblique, il a plusieurs têtes, celle de l’Etat policier, celle de  » l’horreur économique « , fourre-tout dans lequel on trouvera les patrons, les banques, bref tout ce qui fait ressentir aux minoritaires la précarité de leur statut économique.
Cet autre est à la fois un élément de définition par la négative,  » voilà ce que nous ne voulons pas être  » et à la fois une figure de la mort.  » Le système  » est ce contre quoi certaines minorités luttent et construisent ainsi leur identité. Les minorités se veulent marginales, voient  » le système  » comme une menace, comme un ennemi avec lequel il faut jouer au chat et à la souris pour pouvoir vivre son originalité. Selon Hobbes, le Souverain tire sa seule légitimité de sa fonction protectrice(29). Cette fonction est jugée invertie par tous ceux qui désormais se sentent plus menacés que défendus. La Société-Etat léviathan paraît comme un charognard qui viendra les assimiler lorsqu’ils n’auront plus la force de défendre leur différence.

3) L’exemple mauritanien

La Mauritanie est un Etat créé en 1961. Elle n’a aucune légitimité étatique dans son histoire et est née de la volonté coloniale française de réunir en un seul bloc son empire d’Afrique du Nord et d’Afrique noire. Le contrôle militaire se fit contre les Regueibat, grands nomades du nord.
En 1957, on construisit à partir de rien la capitale Nouakchott. En 1960, elle a 5000 hbts et on en avait prévu 8000 en 1970. Cette année-là elle en eut 40 000 puis entre 250 000 et 600 000 en 1985 et 800 000 aujourd’hui. Au-delà des mécanismes classiques d’exode rural, se retrouvent urbanisés 2 types de tribus, sédentaires et nomades, animistes et musulmanes, noires et blanches. Les nomades ont gardé un lien fort avec leur statut précédent. Dans le  » jardin  » de leur maison souvent située dans un bidonville (50% de la surface de la ville), on trouve toujours la tente dressée. Et lors de certaines périodes de l’année, ils repartent au désert reprendre leur mode de vie nomade.
De 1961 à 1978, Moktar Ould Daddah tente de créer un Etat-nation sur le modèle occidental en utilisant l’arabisation et l’islamisation comme ciment social. Les moyens sont habituels, construction d’un parti-Etat, centralisation. Le multipartisme et la démocratie sont rejetés comme n’étant que le paravent du tribalisme honni par le régime. A partir du coup d’Etat militaire de 1978, les révolutions de palais, les putschs se succèdent à un rythme effréné. Face à ces désordres on observe comme moyen de pacifier et d’équilibrer les forces en puissance un regain du fait tribal(30). Un exemple, parmi d’autres, de ce que l’on nomme en Science politique la multipolarisation. Plusieurs logiques d’organisations sociales traversent un même groupe qui puise dans l’une ou dans l’autre pour résister et parfois survivre à l’écrasement, symbolique ou pas, par un pouvoir qui par souci d’efficacité veut imposer une univocité.

 

III – Unicité et diffraction

1)Uniformisation et différenciation

Un des lieux communs, plutôt sympathique d’ailleurs, de la réflexion sur la mondialisation est la peur de l’uniformisation culturelle du monde. Cette crainte est liée à une réflexion anthropologique, peut-être un peu légère selon nous, qui voudrait que si les différentes cultures existaient et se maintenaient, c’était parce qu’elles n’avaient qu’un contact limité avec les autres. CNN, Mc Donald et les Spice Girls allaient devenir les icônes universelles d’une culture mondialisée, allégée par son besoin de fédérer.
Il faut ici relever une contradiction : Si fédérer signifie réduire ses ambitions d’exportation d’un modèle, c’est bien qu’il y a des zones du social que l’on sait propre à des catégories particulières d’appréhension de la réalité. Il ne suffit pas qu’un Saoudien regarde Friends pour qu’il soit américanisé pas plus que manger chinois signifie être ouvert d’esprit et tolérant aux autres cultures.
L’intégration planétaire à laquelle nous avons fait allusion plus haut peut entraîner tout du moins en apparence une uniformisation du monde dont l’expression  » village planétaire  » est un signe. Starwars, Dallas et les pokémons sont présent partout sur la planète. La mondialisation de la culture est plus précisément une occidentalisation du monde. Les exportations du Nord sont souvent des révolutions structurelles comme l’étatisation des sociétés(31) ou la libéralisation des échanges économiques. Les exportations du Sud tiennent le plus souvent de la recherche d’exotisme. On prend au Nord en pensant toucher à l’universel. On prend au Sud en cherchant de l’altérité bon marché. C’est ce que fait plus ou moins maladroitement les groupes de Nord qui s’approprient des concepts qu’ils jugent du Sud comme le tribalisme.

2)La saturation de l’épistémé vs la destruction créatrice

Mais il ne suffit pas qu’une nouvelle génération clame sa volonté de renverser pour que cela arrive. Les sociétés possède un pouvoir de conservation extrêmement grand. Si cela arrive à certaines époques et dans certaines aires, c’est que l’épistémé du temps a atteint sa capacité d’absorption du nouveau et que l’on doit passer à la suivante. Ainsi du passage de l’âge médiéval à l’âge classique(32). La volonté et la capacité de purification arrivées à leurs termes, la construction sociale de la réalité bascule dans une autre épistémé. Mais il est probable que chaque génération a eu cette sensation sans que cela soit vrai à chaque fois. Les fils veulent toujours amener la révolution sur la terre des pères mais une fois passée le difficile passage de l’adolescence, ils s’installent confortablement dans la fonction de leurs aînés. Il semble bien délicat de faire la différence entre les deux.
La différenciation peut être une conséquence de la résistance à la domination. Tout système atteignant une position dominante devient normatif. Tout système normatif génère une opposition composée des éléments les moins intégrés au dit système(33). Il y a une capillarité des contre-pouvoirs. Que des cultures et des civilisations puissent être abrasées, cela est concevable. Mais de la zone  » pacifiée  » par le modèle dominant naîtront des hétérodoxies nouvelles issues des évolutions psychologiques, technologiques ou sociales. Les maîtres du siècle ne sont maîtres que d’un siècle. Parce que leur domination est la conjonction de facteurs économiques, sociaux ou politiques particuliers, lorsque ces données changeront les colosses révéleront leurs pieds toujours faits d’argile. Qui aurait pu penser au début du XVème siècle que quelque chose pourrait remettre en cause la domination de l’Eglise sur l’Europe ? Obsédée par une volonté d’unité,  » afin que le christianisme demeure la tunique sans couture du christ », « elle a anéanti l’hérésie cathare au XIIIème siècle, le hussisme au XIVème mais ne pourra empêcher le développement du protestantisme au XVIème.  » La circulation de biens culturels à l’échelle mondiale est un fait de communication(34) « . En entrant en communication, les cultures mutent et l’uniformisation est mise en échec.

3) Co-naissance de la culture et de l’identité

L’affirmation identitaire va de pair avec une construction idéologique et des processus de différentiation culturelle. La culture est en partie une conséquence de l’autonomisation d’une identité et du marquage des frontières qui avec. Il faut donc mener de front l’étude des constructions sociales et des productions culturelles. Selon Nagel(35), elles sont de plus autant créées de l’intérieur que de l’extérieur. L’unité de l’homme, de sa psychologie, de sa biologie, diffracte sur son histoire, sa culture.
 » Autre usage de l’histoire : la dissociation de notre identité. Car cette identité bien faible pourtant, que nous essayons d’assurer et d’assembler sous un masque, n’est elle-même qu’une parodie : le pluriel l’habite, des âmes innombrables s’y disputent ; les systèmes s’entrecroisent et se dominent les unes les autres(36) « .
Mais les structures qui le sous-tendent ramènent l’homme par ses réactions sur des chemins qui ne sont jamais créés ex nihilo. Au-delà de l’écume, certes souvent riche en informations, il y a les systèmes de systèmes, une architectonique dynamique. La culture est une dialectique entre facteurs de permanence et éléments de création. L’identité n’est pas seulement une résistance, un invariant. La même perception de la réalité, parce qu’elle ne perçoit jamais la même réalité, mouvante par nature, engendre un regard toujours neuf .Il peut être un moment de création. L’historien de la révolution Michel Vovelle juge ainsi  » que l’histoire des mentalités ne se confond pas uniquement avec l’histoire des résistances, comme inerties ou temps de latence, mais qu’il existe aussi une réelle possibilité de mutations brusques, de créativité à chaud, d’époques ou de moments où se cristallise brutalement une sensibilité nouvelle(37) « .
Avec quoi moderniserait-on si ce n’est avec ce que l’on est, avec ce que l’on a ?

***********

L’anthropologie fut aussi perçue comme outils d’enrichissement de soi par des gens comme Mauss, Corbin ou Lévi-Strauss. Marcel Mauss par exemple fut un grand anthropologue, et ce sans quitter l’Europe. Il avait saisi et valorisa ce rapport à l’autre dont l’Europe ne pouvait que bénéficier. Il fut peut-être un des premiers anthropologues à sortir de l’évolutionnisme. Gilbert Durand raconte(38) comment il a participé avec Mircéa Eliade et Henry Corbin aux Rencontres d’Eranos pour travailler sur une anthropologie valorisant  » l’imagination symbolique « . L’anthropologie est la discipline qui, pour citer Lévi-Strauss nous a permis de nous apercevoir que  » l’homme a toujours pensé aussi bien « .
Cette discipline est toujours face à l’imaginaire car on ne peut saisir l’altérité tel quel. L’inconnu s’apprivoise par l’imaginaire : pour rendre accessible et sensible ce qui arrive grâce à une spéculation, un travail, une extrapolation de ce qui est et a été.
L’édification de son histoire et de sa culture est un enjeu majeur pour un collectif. La définition passe par un travail de délimitation, de morale, de précision. Mais que peut-il en être d’un groupe à la fois neuf et qui n’a pas pour objectif de durer ? Comment l’éphémère peut-il se justifier par autre chose que son existence, hic et nunc ?
L’utilisation des outils anthropologiques pour les communautés émergeantes de l’hémisphère nord est un enjeu, tout autant pour ces sujets que pour cette science qui cherche à sortir de sa spécialisation sur un lointain agonisant.
Les technoïdes se rattachent à un tribalisme qui n’a jamais existé. Les administrations coloniales ont défini un tribalisme qui n’a jamais existé. Au niveau des effets, cela n’a pas grande importance.  » Quand les hommes définissent des situations comme réelles, elles sont réelles dans leurs conséquences(39) « .
Le tribalisme peut se signaler sous de multiples avatars. Il est donc un archétype, une figure connue pour gérer des conditions partiellement inconnues.

© Lionel Pourtau – Université Paris V – CEAQ

NOTES

(1) M.MAFFESOLI, Le temps des tribus, Livre de Poche, 1991
(2) SCHAPERA, Government and politic in tribal society, Londres, Watts, 1956
(3) BENVENISTE E., Le vocabulaire des institutions indo-européennes, T1, Minuit, 1969 pp 255-259
(4) Cité par W. Sollors in W.SOLLORS, Beyond Ethnicity, Consent and Descent in American Culture, Oxford, Oxford University Press, 1986
(5) AMSELLE J.-L. et M’BOKOLO E., Au cœur de l’ethnie. Ethnies, tribalisme et Etat en Afrique, Paris, La Découverte, 1985.
(6) WEBER M. Economie et société T2, Pocket, 1995
(7) Van den BERGHE P., The ethnic phenomenom, New York, Elsevier, 1981
(8) SHILS E., Primordial, personal sacred and civil ties, British Journal of Sociology, 8, 2, 1957, 130-145
(9) ELLER J.D. et COUGHLAN R.M., The poverty of primordialism, Ethnic and Racial Studies, 16, 2, 1993, 183-202.
(10) MARTINIELLO M., L’ethnicité dans les sciences sociales, PUF, 1995, p37
(11) EISINGER P., Ethnicity as a strategic option : An emerging view, Public Administration Review, 1, 1978, 89-93
(12) BARTH F. Nomads of South Persia, Londres 1961
(13) BARTH F. (Dir), Ethnic Group and boundaries : The social organization of culture differences, London and Oslo, Allen & Unwin & Forgalet, 1969. Le texte introductif est traduit sous le titre Les groupes ethniques et leurs frontières in POUTIGNAT P. & STREIFF-FENART J., Théories de l’ethnicité, PUF, 1995.
(14) SHIROKOGOROFF S.M., Ethnical unit and milieu, Shangai, 1924
(15) MÜHLMANN W.E., Rassen, Ethnien, Kulturen, Neuwied, Luchterhand, 1964
(16) Il existe de nombreuses théories sur le choix rationnel ethnique :
- BANTON M., Racial and ethnic competition, Cambridge university press, 1983
- HECHTER M., A theory of ethnic collective action, International migration review, 16,2 1984, 412-434
Elles ont toutes la faiblesse de ne pas expliquer la pérennité des actions où le ratio coût/avantage est défavorable à l’individu.
(17) En particulier : GOFFMAN E., Stigmate, Minuit, 1975
(18) MARTINIELLO M. op. cit., p49
(19) In GLAZER N. & MYNIHAN D.P., Ethnicity. Theory and experience, Harvard university press, 1976
(20) GANS H., Symbolic ethnicity : the future of ethnic groups and cultures in America, Ethnic and racial studies, 2, 2, 1979, 1-20
(21) SAHLINS M., Tribesmen, Prentice Hall, 1968, p20
(22) M’BOKOLO E., Les ethnies existent-elles ? in RUANO-BORBALAN J.-C. (Dir), L’identité, Editions Sciences Humaines, 1998, p322
(23) Ibid, p323
(24) GODELIER M. Horizon, Maspero, 1977, p220
(25) FINE A., Parenté : liens de sang et liens de cœur, Sciences humaines, 12/98
et FINE A., Adoptions, ethnologie des parentés choisies, éditions de la Maison des Sciences de l’Homme, Paris, 1998
(26) PASCAL B, Pensées, GF, 1993.
(27) MURRAY C. and HERNSTEIN R., The bell curve : Intelligence and Class structure in american life, New York, The Free Press, 1994
(28) LACAN J., Les complexes familiaux dans la formation de l’individu, Paris, Navarin, 1984
(29) HOBBES T., Léviathan, Gallimard, p341
(30) MARCHESIN P., Tribus, ethnies et pouvoir en Mauritanie, Karthala, 1992
(31) BADIE B, L’Etat importé, Fayard, 1992
(32) FOUCAULT M., Histoire de la folie à l’âge classique, Gallimard, 1972
(33) FORSE Michel, L’ordre improbable, PUF, 1989
(34) WARNIER J.-P., La mondialisation de la culture, La découverte, 2000, p95
(35) NAGEL J. Constructing ethnicity : Creating and recreating ethnic identity and culture, Social Problems, 41,1, 1994, 152-176
(36) FOUCAULT M., Ibid.
(37) VOVELLE M., Idéologies et mentalités, Maspéro, 1982, p261
(38) DURAND G., Introduction à la mythodologie, LdP, 1996
(39) Formule avancée par le sociologue W. Thomas et baptisé théorème de Thomas par R.K. Merton dans Eléments de théorie et de méthode sociologiques, Armand Colin, 1997
i Le second nous servira aussi mais bien plus tard dans notre réflexion, quand nous aborderons les aspects psychologiques et cliniques de la coalescence qui fait partiellement fusionner un individu dans la tribu.




Lu dans la presse> Moi, Mustapha Kessous, journaliste au « Monde » et victime du racisme

23092009

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L’article ci-après a été publié dans le quotidien français « Le Monde », édition du 24 septembre 2009 sous la plume du talentueux journaliste Mustapha Kessous, dont le patronyme « trahit » des origines maghrébines. Tribulations d’un homme face au racisme dit « ordinaire »…comme s’il existait une classification de la bêtise.  Je ne suis pas un intégriste de la bien pensance, mais avouez qu’il est urgent de s’inquiéter. Révoltant.

 

Brice Hortefeux a trop d’humour. Je le sais, il m’a fait une blague un jour. Jeudi 24 avril 2008. Le ministre de l’immigration et de l’identité nationale doit me recevoir dans son majestueux bureau. Un rendez-vous pour parler des grèves de sans-papiers dans des entreprises. Je ne l’avais jamais rencontré. Je patiente avec ma collègue Laetitia Van Eeckhout dans cet hôtel particulier de la République. Brice Hortefeux arrive, me tend la main, sourit et lâche : « Vous avez vos papiers ? »

Trois mois plus tard, lundi 7 juillet, jour de mes 29 ans. Je couvre le Tour de France. Je prépare un article sur ces gens qui peuplent le bord des routes. Sur le bitume mouillé près de Blain (Loire-Atlantique), je m’approche d’une famille surexcitée par le passage de la caravane, pour bavarder. « Je te parle pas, à toi », me jette un jeune homme, la vingtaine. A côté de moi, mon collègue Benoît Hopquin n’a aucun souci à discuter avec cette « France profonde ». Il m’avouera plus tard que, lorsque nous nous sommes accrédités, une employée de l’organisation l’a appelé pour savoir si j’étais bien son… chauffeur.

Je pensais que ma « qualité » de journaliste au Monde allait enfin me préserver de mes principaux « défauts » : être un Arabe, avoir la peau trop basanée, être un musulman. Je croyais que ma carte de presse allait me protéger des « crochets » balancés par des gens obsédés par les origines et les apparences. Mais quels que soient le sujet, l’endroit, la population, les préjugés sont poisseux.

J’en parle souvent à mes collègues : ils peinent à me croire lorsque je leur décris cet « apartheid mental », lorsque je leur détaille les petites humiliations éprouvées quand je suis en reportage, ou dans la vie ordinaire. A quoi bon me présenter comme journaliste au Monde, on ne me croit pas. Certains n’hésitent pas à appeler le siège pour signaler qu’ »un Mustapha se fait passer pour un journaliste du Monde ! »

Ça fait bien longtemps que je ne prononce plus mon prénom lorsque je me présente au téléphone : c’est toujours « M. Kessous ». Depuis 2001, depuis que je suis journaliste, à la rédaction de Lyon Capitale puis à celle du Monde, « M. Kessous », ça passe mieux : on n’imagine pas que le reporter est « rebeu ». Le grand rabbin de Lyon,Richard Wertenschlag, m’avait avoué, en souriant : « Je croyais que vous étiez de notre communauté. »

 J’ai dû amputer une partie de mon identité, j’ai dû effacer ce prénom arabe de mes conversations. Dire Mustapha, c’est prendre le risque de voir votre interlocuteur refuser de vous parler. Je me dis parfois que je suis parano, que je me trompe. Mais ça s’est si souvent produit…

A mon arrivée au journal, en juillet 2004, je pars pour l’île de la Barthelasse, près d’Avignon, couvrir un fait divers. Un gamin a été assassiné à la hachette par un Marocain. Je me retrouve devant la maison où s’est déroulé le drame, je frappe à la porte, et le cousin, la cinquantaine, qui a tenté de réanimer l’enfant en sang, me regarde froidement en me lançant : « J’aime pas les Arabes. » Finalement, il me reçoit chez lui.

 On pensait que le meurtrier s’était enfui de l’hôpital psychiatrique de l’endroit : j’appelle la direction, j’ai en ligne la responsable : « Bonjour, je suis M. Kessous du journal Le Monde… » Elle me dit être contente de me recevoir. Une fois sur place, la secrétaire lui signale ma présence. Une femme avec des béquilles me passe devant, je lui ouvre la porte, elle me dévisage sans me dire bonjour ni merci. « Il est où le journaliste du Monde ? », lance-t-elle. Juste derrière vous, Madame : je me présente. J’ai alors cru que cette directrice allait s’évanouir. Toujours pas de bonjour. « Vous avez votre carte de presse ?, me demande-t-elle. Vous avez une carte d’identité ? » « La prochaine fois, Madame, demandez qu’on vous faxe l’état civil, on gagnera du temps », riposté-je. Je suis parti, évidemment énervé, forcément désarmé, avant de me faire arrêter plus loin par la police qui croyait avoir… trouvé le suspect.

Quand le journal me demande de couvrir la révolte des banlieues en 2005, un membre du club Averroès, censé promouvoir la diversité, accuse Le Monde d’embaucher des fixeurs, ces guides que les journalistes paient dans les zones de guerre. Je suis seulement l’alibi d’un titre « donneur de leçons ». L’Arabe de service, comme je l’ai si souvent entendu dire. Sur la Toile, des sites d’extrême droite pestent contre « l’immonde » quotidien de référence qui a recruté un « bougnoule  » pour parler des cités.

Et pourtant, s’ils savaient à quel point la banlieue m’était étrangère. J’ai grandi dans un vétuste appartement au coeur des beaux quartiers de Lyon. En 1977, débarquant d’Algérie, ma mère avait eu l’intuition qu’il fallait vivre au centre-ville et non pas à l’extérieur pour espérer s’en sortir : nous étions parmi les rares Maghrébins du quartier Ainay. Pour que la réussite soit de mon côté, j’ai demandé à être éduqué dans une école catholique : j’ai vécu l’enfer ! « Retourne dans ton pays », « T’es pas chez toi ici », étaient les phrases chéries de certains professeurs et élèves.

Le 21 décembre 2007, je termine une session de perfectionnement dans une école de journalisme. Lors de l’oral qui clôt cette formation, le jury, composé de professionnels, me pose de drôles de questions : « Etes-vous musulman ? Que pensez-vous de la nomination Harry Roselmack? Si vous êtes au Monde, c’est parce qu’il leur fallait un Arabe ? »

A plusieurs reprises, arrivant pour suivre un procès pour le journal, je me suis vu demander : « Vous êtes le prévenu ? » par l’huissier ou le gendarme en faction devant la porte du tribunal.

Le quotidien du journaliste ressemble tant à celui du citoyen. Depuis plusieurs mois, je cherche un appartement. Ces jours derniers, je contacte un propriétaire et tombe sur une dame à la voix pétillante : « Je m’appelle Françoise et vous ? » « Je suis M. Kessous « , lui répondis-je en usant de mon esquive habituelle. « Et votre prénom ? », enchaîne-t-elle. Je crois qu’elle n’a pas dû faire attention à mon silence. Je n’ai pas osé le lui fournir. Je me suis dit que, si je le lui donnais, ça serait foutu, qu’elle me dirait que l’appartement avait déjà été pris. C’est arrivé si souvent. Je n’ai pas le choix. J’hésite, je bégaye : « Euhhhhh… Mus… Mustapha. »

© Mustapha Kessous -  « Le Monde », édition du 24.09.2009




Oxymore

19092009

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« Par extension on dit qu’une expression est un oxymore (ou dite « oxymorique ») lorsqu’elle met côte à côte deux mots ayant des sens opposés et aboutissant à une image contradictoire et frappante pour la représentation comme dans « un silence assourdissant ». En exprimant ce qui est inconcevable, l’écrivain crée ainsi une nouvelle réalité poétique qui suscite un effet de surprise, en ajoutant de la force à la vérité décrite. »

Source : Wikipedia.

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Odon Vallet, une fortune au service de l’éducation de jeunes Africains

21112009

Cest un appartement sans prétention, dans le 6e arrondissement de Paris. Des cen-odonvalletlesenfantsdumiraclesl.bmptaines de livres habillent les étagères du salon. Ici et là, des bibelots exotiques témoignent d’un intérêt du propriétaire pour les pays lointains. Pas de toile de maître, ni de meuble cossu pour rompre la sobriété des lieux. Un intérieur un brin austère en somme. Le maître de maison reçoit avec la même simplicité : en pantalon de marche et en basket. À son allure, il est impossible d’imaginer qu’Odon Vallet est le fils d’un ouvrier qui fit fortune dans les assurances.

Le célèbre historien des religions a pourtant bel et bien hérité de la somme de 320 millions de francs après le décès de ses parents en 1989. De quoi dépenser sans compter. Sauf qu’Odon Vallet, c’est l’histoire d’un homme qui ne voulait pas vivre en multimillionnaire. Rouler en voiture de sport ne l’intéresse-t-il pas ? « À quoi bon, avec les limitations de vitesse », répond-il en haussant les épaules. Ne pourrait-il pas se loger dans un hôtel particulier ? « Je me perdrais tout seul au milieu d’un appartement de 500 m2», assure ce fils d’une châtelaine désargentée. Bref, le luxe l’indiffère.

Aujourd’hui, l’érudit gagne 5 000 € par mois de ses revenus de professeur d’université et de ses droits d’auteur. « La somme me suffit amplement », fait remarquer ce célibataire, sans enfant à charge ni successeur désigné. Que faire alors de sa fortune ? La question a taraudé le chercheur pendant dix ans. « Je n’avais pas le droit à l’erreur », se souvient-il. En 1999, il se lance et crée la Fondation Odon Vallet avec le concours de la Fondation de France. En guise de capital de démarrage, il dépense 100 millions d’euros. Autrement dit, la quasi-totalité de son héritage, qu’il avait entre-temps fait fructifier. Un pactole qui ne lui appartient plus désormais.http://www.la-croix.com/img/la-croix/commun/pix_trans.gif

Plus de 3000 bourses par an

http://www.la-croix.com/img/la-croix/commun/pix_trans.gifOdon Vallet s’est engagé dans la voie qu’il connaissait le mieux : l’éducation. Sa fondation offre plus de 3 000 bourses par an, après une sélection rigoureuse des élèves les plus méritants issus de familles modestes. Les étudiants des écoles d’arts appliqués en France se voient remettre 300 bourses d’un montant de 3 900 €. Près de 900 collégiens ou lycéens du Bénin reçoivent aussi chaque année une aide de 560 € destinée à financer leur scolarité. Enfin, 2 000 bourses d’environ 300 € viennent épauler les premiers de la classe au Vietnam.

À date fixe, Odon Vallet voyage en personne au Bénin et au Vietnam pour rencontrer ses protégés, leurs familles, les professeurs, les chefs d’établissement, ou des amis de longue date qui constituent autant de relais à l’heure de dénicher l’élève méritant. Il transmet l’argent de la main à la main à chacun des boursiers. « Je leur fais recompter la somme devant moi, précise-t-il. Il faut être d’une vigilance absolue sur ces questions-là. » Les billets sont ensuite placés sur des comptes épargnes, dont les retraits sont contrôlés par des travailleurs sociaux.

En bon militant d’une méritocratie rigoureuse, Odon Vallet impose des critères draconiens. Redoubler, c’est perdre sa bourse. Définitivement. Au Bénin et au Vietnam, cela signifie arrêter ses études, les familles ne pouvant pas assurer les frais de scolarité. « On ne peut pas faire de sentiment, insiste l’historien. Et j’ai pour principe de me méfier de l’enthousiasme. » Il y aurait de quoi s’enflammer pourtant, au regard du taux de réussite au bac de ses protégés. Au Vietnam, le score atteint les 100 %. Les Béninois font à peine moins bien avec 94 % de succès.http://www.la-croix.com/img/la-croix/commun/pix_trans.gif

« Je refuse les passe-droits, je traque les fraudeurs »

http://www.la-croix.com/img/la-croix/commun/pix_trans.gifLa suite ? La fondation aide ceux qui le veulent à poursuivre leur formation dans les odonvallet01sl.jpguniversités locales. Une infime minorité des protégés d’Odon Vallet vient étudier en France, en passant par le prestigieux lycée Louis-le-Grand, à Paris. « Je vois personnellement les jeunes candidats à l’Europe, poursuit l’érudit. Je refuse les passe-droits, je traque les fraudeurs. Je vérifie les diplômes, les parcours, les motivations. Pour être retenu, il faut se classer premier ou second au bac de son pays, plus présenter de solides capacités d’adaptation. »

Avec ses premiers de la classe, Odon Vallet joue tour à tour les papas poules et les adjudants-chefs. Il les rassemble une fois par semaine dans un bistro de Paris, encourage les uns, tempère l’enthousiasme des autres. « Ces jeunes, rappelle l’historien, sont plongés dans un environnement très différent de celui dans lequel ils ont grandi. À ce titre, ils ont besoin d’un suivi personnalisé. Il faut faire très attention à la psychologie. » La méthode semble fonctionner. Aucun de ses protégés n’a abandonné ses études. Certains ont même intégré les écoles les plus prestigieuses, comme Polytechnique.

Les bourses sont financées intégralement par la Fondation Odon Vallet, hébergée par la Fondation de France. Moins de 2 % du capital de l’association, estimé à 120 millions d’euros, est dépensé ainsi chaque année. La structure emploie au total deux salariés à mi-temps en France et quatre assistants sociaux au Bénin. Des bénévoles assurent le reste. Du coup, les frais de fonctionnement sont réduits au minimum : 7 % en France, 10 % à l’étranger. Son président suit de près la gestion des fonds. « Je commence ma journée par la lecture des Échos et de La Tribune », précise l’intéressé.http://www.la-croix.com/img/la-croix/commun/pix_trans.gif

Il se définit comme « un croyant œcuménique »

http://www.la-croix.com/img/la-croix/commun/pix_trans.gifEn théorie, la fondation peut continuer à s’autofinancer sans limite dans le temps, quelle que soit la personne aux commandes. « Mais l’éternité n’est pas une valeur humaine », tempère Odon Vallet, avant d’enchaîner sur Rome, la chute des empires, des civilisations. Derrière le philanthrope, l’homme de sciences n’est jamais bien loin. Le verbe est toujours aiguisé, le propos enrichi de citations littéraires, historiques et religieuses. Son dernier ouvrage est d’ailleurs jalonné de références à la Bible, preuve de l’importance de la foi dans la vie de l’homme de science.

Sa mère était elle-même une catholique très pratiquante. Son père aussi. Ancien chanteur à la chorale et premier prix d’instruction religieuse, le fils, lui, se définit comme « un croyant œcuménique » pour qui « la question des croyances n’est pas fermée ». « Je reste dans la chrétienté », poursuit-il, avant de refermer le sujet sur une précision : « Je n’ai pas lancé ma fondation dans une optique confessionnelle. »

À l’origine de son engagement, il y a sans doute l’amour du prochain. Un clin d’œil à sa mère aussi, qui donnait beaucoup d’argent aux associations. Une pensée pour son père d’origine modeste, qui a éprouvé toutes les peines du monde à mener à bien ses études.

La fondation occupe une place centrale aujourd’hui dans le quotidien d’Odon Vallet. Au point qu’il ne travaille plus qu’à mi-temps à l’université et qu’il a mis entre parenthèses sa passion de l’alpinisme. « Je n’aurais sans doute pas créé cette fondation si j’avais eu une famille à charge », confesse-t-il, avant de rappeler que les saints n’ont pas d’enfants. « D’une certaine manière, ces jeunes m’aident à vivre, à donner un sens à mon existence. »

©Olivier TALLÈS (La Croix, 22/09/2009
 



Vient de paraître chez Plon : »40 coups de fouet pour un pantalon »

21112009

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Le 3 juillet 2009, Lubna al-Hussein est arrêtée par la police dans un restaurant de Khartoum. Son  » crime  » : avoir porté un pantalon. La loi soudanaise punit cette atteinte à la  » moralité publique  » de quarante coups de fouet, assortis d’une amende. Tous les jours, des femmes sont condamnées au Soudan pour avoir enfreint l’article 152 du code pénal, celui qui veille sur les moeurs. Parce que leur voile n’est pas assez couvrant ou parce qu’elles sont en tête à tête avec un homme, la  » police de l’ordre public  » les conduit à l’hôpital où elles subissent un examen de virginité, puis au tribunal où les attend un jugement expéditif.C’est au nom de toutes ces femmes que Lubna a décidé de se révolter et de porter son procès devant le monde entier. A travers SON histoire, elle raconte l’histoire d’un pays qui ploie sous le joug conjugué de la loi islamique et des traditions. Un Etat où l’excision des femmes reste la règle, où des préposés aux moeurs sont postés à tous les coins de rue, jusque dans l’enceinte des universités. A lire!

40 coups de fouet pour un pantalon

Paru le: 19/11/2009

Editeur: Plon

ISBN: 978-2-259-21154-3

EAN: 9782259211543




Bonne gouvernance : des prix et des non-prix en 2009

11112009

Par Jean-Christophe Servant

Le prix Nobel Alternatif, le Right Livelood Award au Gabonais  Marc Ona Essangui

Cette année, le Gabonais Marc Ona Essangui aura été distingué par le Goldman Environnmarconaessanguiredim.bmpemental Prize, le prix Nobel Vert. Dénonçant un accord entre le gouvernement et une entreprise minière chinoise, le président de l’ONG Rainforest avait réussi à ce que Libreville réduise la taille de la concession minière menaçant le parc national d’Ivindo.

Son pair congolais René Ngongo, créateur de l’ONG Océan, engagé dans le combat pour la protection des forêts du bassin du Congo, s’est vu, lui, remettre le prix Nobel Alternatif, le Right Livelood Award, par une association, Greenpeace, dont il ouvrit le bureau dans son pays. La camerounaise Agnes Tailé, animatrice jusqu’en juin dernier d’une émission de libre antenne sur la chaine privée Canal 2 international, a reçu de son côté le prix du courage en journalisme 2009, remis par la fondation internationale des femmes dans les médias ; Denis Mukwege, gynécologue congolais soignant les femmes victimes de violences sexuelles liées à la guerre civile, prix Olof Palme 2008, était nominé pour le prix Nobel de la Paix ; enfin, l’équipe multiraciale de l’ONG sud-africaine Bobbi Bear, dont le documentaire consacré à ses « rough aunties » (ses « tanties brutes de décoffrage ») a été primé au dernier festival de Sundance, prend soin des enfants maltraités des townships de Durban.

Un non-prix qui fait du bruit

C’est pourtant un non-prix que les éditorialistes africains — relayés par les journalistes Afrique des rédactions occidentales — auront le plus commenté cette année : celui que la fondation Mo Ibrahim remet depuis 2007 aux anciens chefs d’Etat africains élus démocratiquement, ayant exercé leur mandat pendant la durée prévue par la constitution de leur pays, et qui ont quitté leurs fonctions au cours des trois années précédentes. En 2008, lors d’une conférence de presse organisée à Dakar, Mo Ibrahim expliquait l’importance d’un tel prix : « ll est grand temps d’arrêter de disserter sur la bonne gouvernance, d’en faire une poésie, il faut en faire maintenant une réalité partout en Afrique. Les Africains doivent se l’approprier, en devenir les champions et les héros. »

Or cette année, le comité international chargé de choisir un successeur à Festus Mogae, ex-chef d’Etat du Botswana, n’aura trouvé aucun candidat digne de recevoir la récompense : 5 millions de dollars versés sur dix ans au récipiendaire et 200 000 dollars par an octroyés pour le restant de ses jours. Parmi les trois qui lui avaient été présentés — les présidents sortants du Nigeria (Olusegun Obasanjo), d’Afrique du Sud (Thabo Mbeki) et du Ghana (John Kufuor) —, aucun gagnant n’est sorti du lot, reconnaît le comité, qui, tout en soulignant « les progrès en matière de gouvernance menés dans différents pays du continent », note aussi « de récents reculs dans d’autres pays ».

Philanthrocapitalisme africain

A l’origine de ce prix initié par « une fondation africaine, administrée par des Africains, avec de l’argent africain » et dont le but « est de faire bouger l’Afrique » on trouve moibrahim1.jpgun philanthrocapitaliste soudano-britannique ayant bâti sa fortune dans le secteur de la téléphonie mobile, avant de faire une solide plus-value en revendant, en 2005, sa compagnie Celtel au koweïtien MTC. Lors de son lancement, en 2007, Mo Ibrahim, qui se décrit comme un « ancien marxiste » (« Mo Ibrahim : Africa Calling », This Day, Lagos, 11 avril 2009), avait certes signalé que ce prix ne serait pas nécessairement décerné chaque année. Ce n’est pas tous les ans que l’on peut de fait saluer un homme de l’envergure de Nelson Mandela, distingué à titre honorifique par la fondation Mo Ibrahim. Pour autant, la déconvenue de ce non-prix a été particulièrement brutale pour les éditorialistes de la presse continentale, obligés une nouvelle fois de reconnaître, ironiquement ou cruellement, les travers, excès et dérives de leurs politiciens (« Le prix Mo Ibrahim est passé sous le nez de tous les chefs d’état africains encore vivants », La Nouvelle Tribune, Cotonou, 27 octobre 2009).

Certains se demandent même si un tel Award est justifié. Dans le Guardian, Reuben Abati, l’éditorialiste le plus lu du Nigeria, estime que Mo Ibrahim, plutôt que de verser de confortables sommes à d’anciens leaders, servirait mieux l’Afrique s’il finançait par exemple l’enseignement supérieur en sciences politiques. Tout en précisant qu’à tout prendre, le ghanéen John Kufuor aurait mérité cette prestigieuse distinction : « Sous son mandat, le PNB, la scolarisation et le pourcentage de population active ont augmenté. Il est l’homme qui a introduit une couverture santé gratuite pour les plus démunis ainsi que des repas gratuits à l’école. Il a fait du Ghana une success story. Et en décembre 2008, il laissait le pouvoir au candidat d’opposition John Atta Mills, du National Democratic Congress, comme le stipule la constitution et les règles électorales. Aujourd’hui, ces élections qui ont été conduites sous son mandat, un processus qui a été indirectement salué par le président Barack Obama, sont citées comme des symboles du progrès ghanéen. L’opposition accuse John Kuofor de népotisme et de corruption… mais rien n’a été prouvé » (« Mo ibrahim prize no worthy recipient », The Guardian, 23 octobre 2009).

« Que l’on arrive a convaincre les Mugabe du monde d’abandonner le pouvoir n’est qu’une partie du problème », commente Ory Okolloh du blog Kenyan Pundit. « Encore faut il se demander qui remplacera la vieille garde. Y-a-t-il vivier de jeunes pousses ? Seront elles différentes des anciens. Ou seront elles simplement une version plus jeune, plus affamée et plus cynique des mêmes, à l’instar du parlement kenyan d’aujourd’hui ? (…) Pourquoi pas créer un fonds pour les jeunes Africains qui veulent s’engager en politique à condition qu’ils s’engagent à respecter la bonne gouvernance, que le financement de leur campagne soit transparent, et qu’une fois élu, ils fassent ce qu’ils ont publiquement promis de faire… Une idée folle ? Peut-être…mais l’idée d’un index de la bonne gouvernance en Afrique n’est-elle pas tout autant folle ? » (« On the Ibrahim prize for African leadership », 22 octobre 2009).

La fondation Mo Ibrahim est en effet également à l’origine d’un indice annuel rendant compte de l’évolution de la gouvernance en Afrique. Cet indice, dont le classement est révélé tous les automnes, évalue à partir de 84 indicateurs regroupés en quatre catégories la fourniture de biens et services publics à leurs concitoyens par les gouvernements et acteurs nongouvernementaux. Là aussi, sa récente publication a fait réagir moult commentateurs du continent. D’autant qu’à la même période, et plus discrètement, la Fondation Mondiale pour La Paix présidée par Robert I. Rotberg, ancien conseiller de l’index Ibrahim, directeur du Programme sur les conflits civils de l’école d’administration Kennedy (Harvard), divulguait son propre classement africain (« Contention over Rankings of African Nations, », New York Times, 6 octobre 2009).

Fiers d’être ghanéens

Ces deux palmarès, dominés par la même dizaine de pays, ne tiennent pas compte du fameux indicateur du bonheur collectif préconisé par le récent rapport Stiglitz commandité par la présidence de l’Etat français. Si on avait pu arriver à le définir, il y alors fort à parier que le Ghana — 7e au classement Mo Ibrahim, et seul pays d’Afrique de l’ouest, exception faite du Cap Vert, à figurer dans un peloton de tête dominé par des nations d’Afrique australe — se serait certainement rapproché du podium occupé par trois îles et archipels : Maurice, le Cap Vert et Seychelles. Le Ghana aurait même battu a plate couture l’Afrique du Sud, cinquième de ce classement. Au sein de sa société devenue la plus inégalitaire du monde, selon l’économiste Haroon Bhorat, de l’université du Cap, le bonheur d’être libéré a en effet laissé place à un ressentiment grandissant (« Un des pays les plus inégalitaires du monde », Sébastien Hervieux, 30 septembre 2009). Ce qui n’est pas le cas du Ghana, pourtant classée 152e nation de l’indice du développement humain.

En 2009, le pays aura fait le plein de « bonnes vibrations »… en attendant de faire un plein de pétrole dont il entend bien exorciser la malédiction (« Le Ghana, futur producteur de brut, peut éviter la malédiction de l’or noir », AFP, 22 juillet 2009). Investiture d’un chef d’Etat démocratiquement élu et retour aux affaires de l’opposition, premier pays du continent visité par le président Obama, sélection de l’équipe des Black Stars à la prochaine coupe du Monde de football, et, finalement, victoire de l’équipe junior des Black Satellites a la coupe du monde des moins de 20 ans — une première pour l’Afrique… tous ces événements auront contribué à euphoriser les citoyens ghanéens (« We are proud to be Ghanians », The Chronicle, Accra, 19 octobre 2009).

Reste encore à trouver le Ghanéen, « héros de la rue » incarnant le mieux cet optimisme propre à un continent qui répète « qu’il n’y a pas de problèmes, seulement des solutions ». Contrairement aux chefs d’Etat, l’Afrique comme le Ghana ne manquent pas d’hommes mettant en pratique la « gouvernance du bas ». Entre une enquête sur les déchets électroniques qui sont illégalement débarqués dans les décharges d’Accra et une mission d’observateur électoral, Jean Michel Rousset, un ancien de l’action culturelle française, nous invite à rendre visite à Eric Adjetey. Eric a 24 ans. Il vit à Teshie, un village côtier des faubourgs d’Accra. Comme feu son grand père Kane Kwei, qui aurait lancé la mode des cercueils personnalisés parmi les pécheurs de l’ethnie Ga, Eric conçoit des « design coffins », dont la forme évoque le métier ou la passion des défunts. En somme, Eric fait le bonheur de ses concitoyens jusque dans l’au-delà. Une histoire qui n’a pas échappé aux publicitaires espagnols chargés de vendre la boisson gazeuse Aquarius, propriété du groupe Coca Cola, aux consommateurs ghanéens. Utilisé comme héros de la campagne télévisée menée au printemps dernier par Aquarius, Eric est aujourd’hui un modèle pour la jeunesse urbaine du pays.

© Jean-Christophe Servant 

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Cameroun : La faute du Cabinet Civil de la Présidence dans l’affaire de l’hebdomadaire congolais Le Choc

4112009

Par OscarGabriel Molla – OGM

martinbelingaeboutoubw.jpgLe microcosme politico-médiatique camerounais est ébranlé depuis peu par une sortie pour le moins inhabituelle du réputé discret, presque secret Cabinet civil de la présidence. Une onde qui s’est répercutée jusque  dans les milieux autorisés de la diaspora. En effet prenant  le prétexte d’un « droit de réponse », à la lisière d’un rappel à la déontologie, le très altier Directeur du Cabinet civil,  Martin Belinga Eboutou, réputé proche du Président Biya, a adressé, le 26 octobre 2009, une mise au point improbable, ayant des allures de mise en garde à l’hebdomadaire congolais Le Choc  qui a défrayé la chronique dans ses dernières livraisons par des articles controversés, non sans maladresse accusant publiquement le  président camerounais de manipulation et  forfaiture.

La saillie de Martin Belinga laisse perplexe et amplifie la confusion et les malentendus nés des « articles » du Choc. A l’observation rien de bien extraordinaire qu’un proche collaborateur du Chef de l’état prenne sa plume pour manifester sa désapprobation à un magazine qui s’attaque toute honte bue  au président et dénoncer « la campagne abjecte de dénigrement » dont ce dernier serait victime. Mais, il faut dire que dans le contexte du Cameroun cette démarche prend une toute autre signification et interpelle à plus d’un titre. Des deux choses, l’une : ou le Palais d’Etoudi considère que le très confidentiel périodique Le Choc, est le bras armé du clan Sassou, auquel cas cette hypothèse légitimerait l’idée selon laquelle il y a un réel combat de leadership en Afrique Centrale  depuis la disparition d’Omar Bongo. Ou alors, la Présidence camerounaise par le biais de son Cabinet Civil prend au sérieux les élucubrations de l’approximatif  Le Choc, ce qui serait inquiétant à ce niveau de la hiérarchie républicaine. Dans l’un et l’autre cas, il y a manifestement erreur d’analyse et mauvaise gestion d’opportunité, accompagnées d’un manque cruel de maîtrise et de perspective dans l’approche d’un dossier si banal qu’un simple service du Ministère des Relations Extérieures ou du Ministère de  la Communication aurait géré sans effort. A se demander à quoi sert l’Ambassade du Cameroun au Congo !

Exercer son droit de réponse est un acte normal en soit et universellement admis. Nul ne conteste cette évidence. Malheureusement, le Dcc semble avoir, par son coup de sang, somme toute conjoncturel,  oublié l’antinomie qu’il y a  entre  droit de réponse et devoir de réserve. Rétrospectivement,  le paradigme juridique  évoqué pour justifier sa correspondance aurait pu  s’effacer devant un autre plus intuitif, celui là, le bon sens. D’autant plus que, les textes polémiques incriminés sont marginaux et ne nécessitent pas  de situer le débat à un niveau aussi élevé de la république. Ce qui nous fait penser qu’il s’agit ici d’un acte délibéré de communication politique intérieur. On est clairement dans le champ classique de la communication politique dans l’espace public endogène. Hélas, dans son  « droit de réponse »,  Martin Belinga se fourvoie et déconstruit les usages et par la même occasion ce qui a toujours fait la « force » du Cabinet Civil : sa discrétion, son mythe et sa distance mesurée. Ce ne serait pas caricatural de dire qu’à  ce rythme, de la déconstruction, on risque de sombrer dans la dérive. De plus, quand on embouche les trompettes de la légende flatteuse de l’universalisme de la démocratie, pour prétendre que le Cameroun s’en est approprié, c’est au bas mot une tartufferie au pire une imposture. Pis, on frôle l’escroquerie quand on s’appuie sur des références chiffrées astucieusement détournées à son avantage.

A n’en pas douter, le Directeur du Cabinet civil convoque adroitement le réflexe identitaire et nationaliste pour créer l’empathie des Camerounais et leur adhésion à une cause dont les contours leur semblent singulièrement imprécis et lointains.  La secondarité des tracas médiatiques du président est une évidence dans la situation du Cameroun aujourd’hui. L’érosion de la légitimité de Paul Biya est telle que tout cela indiffère les Camerounais « moyens».  Dans le champ de la conscience collective, cette affaire est un non-événement. La scission entre la chose publique et l’individu Biya est telle que sa réputation jusque là circonscrite a désormais dépassé les frontières du Cameroun.  En revanche, nous partageons sans manichéisme aucun, le point de vue du Dcc qui dit entre les lignes qu’on gagnerait à materniser l’Afrique centrale pour rendre accessoires les frontières culturelles et politiques. Assurément, cela concourrait à l’émergence d’une réelle identité sinon commune, tout au moins partagée.  De ce point de vue, le Dcc prend de la hauteur et sa correspondance aura au moins le mérite d’avoir une portée symbolique dans le contexte géopolitique sous-régional.

Quoi qu’on en dise, cela reste un alibi qui a enfanté d’un  acte de communication politique. A priori, il suppose une connaissance « des codes et des canaux de l’espace public et une maîtrise de son langage ». Ce qui est manifestement loin d’être le cas du CC qui trahit son passéisme et révèle une certaine fébrilité doublée d’un manque de sang froid dommageable. D’autres formes de médiation et de modalités  mieux adaptées existent pour éclairer l’opinion ou la prendre à témoin. Certes Paul Biya est aujourd’hui dans une situation qu’il déteste. Il est exposé depuis la disparition d’Omar Bongo. Contraint de jouer les leaders de substitution en Afrique Centrale, à son corps défendant, il est devenu de fait la cible des commentateurs de tout bord, lui qui a l’art d’avancer masqué. Ceci explique sûrement pourquoi le Cabinet Civil s’approprie un dossier sans intérêt réel et sans véritable enjeu.  Dans sa démonstration, le Dcc crie au complot pour tenter de limiter les dégâts collatéraux et l’effet de contagion en se faisant l’amplificateur de l’agacement institutionnel. L’argumentation trop technique délibère de manière univoque et place la présidence camerounaise au cœur d’un débat accessoire. En tous les cas, l’intentionnalité brouille le message, car couvert de suspicion. Le médium utilisé fait perdre le sens au discours. On nage en plein marasme de l’intelligence  ayant maladroitement capitulé face  à un petit journal insignifiant.

Rappeljoseohlebw.jpgons au Directeur du Cabinet civil, s’il en était besoin et par la même occasion à son adjoint Joseph Lé, journaliste réputé avisé, que certains magazines sont des machines à générer de l’interprétation. La transgression et la provocation constituent les piliers de leur modèle économique. Par conséquent, qu’un modeste magazine dont le fond et la forme relèvent de la supercherie journalistique serve à son lectorat une tarte à la crème indigeste mélangeant la corruption endémique que tout le monde nous envie ( !) à  un portrait au vitriol du président camerounais, à certains égards réalistes,  n’est qu’un épiphénomène.  Si le Dcc de la présidence s’amuse à répondre à chaque fois qu’une publication, un site internet  « s’attaquent » à Paul Biya, il n’est pas sorti de l’auberge. Nous pensons qu’il y a d’autres urgences et priorités au Cameroun.  La hiérarchisation des enjeux devrait être l’impératif actuel et la prise en compte du fait moderne communicationnel, une nécessité.

De plus, en citant nommément : Jean Paul Tedga, Mila Assouté et bien d’autres encore, Martin Belinga leur déroule le tapis rouge et leur offre une légitimation et une notoriété inespérées!  Politiquement, c’est incontestablement une faute. Stratégiquement c’est contre-productif, tactiquement aventureux  pour le pouvoir camerounais en place et du pain béni pour les personnes concernées et leurs alliés. Il faut dire que l’austère longiligne Dcc a longtemps fait illusion avec ses grands airs de diplomate « averti ». Aujourd’hui dans la confusion et la cacophonie qui caractérisent  la communication gouvernementale il vient de révéler qu’il manque de sang-froid et d’expérience dans la communication politique en dehors des couloirs feutrés des palais et chancelleries. 

De manière plus générale, cette péripétie vient dévoiler les incuries et les contradictions de la communication au sommet de l’état, peu habitué à cet exercice périlleux. Rien d’étonnant,  d’autant plus qu’une bonne partie de celle-ci a été privatisée et externalisée depuis une dizaine d’années au bénéfice  d’une certaine Patricia Balme, dont ni les états de service, ni les compétences discutables ne justifient les émoluments colossaux qui lui sont versés. Une autre partie de cette communication est du domaine réservé du présumé didactique Jacques Fame Ndongo, Ministre de l’enseignement supérieur, dont les lyrismes intermittents en qualité de chargé de communication du RDPC ressemblent davantage à des thèses de linguistique qu’à des messages politiques destinés à être assimilés et compris par le commun des mortels.  La dernière partie de ce vaste chantier de la communication, la plus congrue,  revient au transfuge Issa Tchiroma, hier encore « opposant », aujourd’hui porte-parole du gouvernement et accessoirement Ministre de la communication. Ce ministre que son errance et  sa transhumance politiques  de l’opposition vers la « majorité présidentielle » et inversement, disqualifient d’être porte-parole d’un gouvernement qu’il a combattu pendant des années semble être réduit au rôle de spectateur, dans une affaire dont il aurait du être l’un des acteurs principaux. En fait, cet illustre clone politique de l’inutile Bello Bouba, lui aussi ayant bénéficié d’un maroquin, est un  personnage médiocre dont on ne peut malheureusement s’empêcher de penser que son silence enrichirait la vie républicaine et rendrait service à la démocratie.

En définitive, nous affirmons que « la pensée devrait être une vigilance continuelle » et la réflexion une urgence pour les proches collaborateurs du Chef d’état camerounais. Il s’agit d’intégrer la dimension ternaire de la réflexion qui conjoint, contextualise et enfin simplifie. Dans la sphère de la communication politique consubstantielle des canaux et du message véhiculé, elle donnerait de la cohérence et  du relief à l’action gouvernementale en  permettant d’opérer des arbitrages adaptés aux circonstances et à l’époque contemporaine. C’est pourquoi on est en droit de se demander si les auteurs de la correspondance au magazine  Le Choc  ont réfléchi, mesuré,,évalué et  anticipé  les impacts de leur « droit de réponse »,  instance dont ils gagneraient à user avec beaucoup de subtilité et discernement. Nous disons que, quand on prend le risque d’instrumentalisation d’un quasi fait divers, pour poser un acte politique aussi important il faut en mesurer les conséquences au préalable.  Nous pensons que dans le cas qui nous préoccupe et qui relève de la plaisanterie de bistrot, il eut été urgent d’attendre ou de déléguer aux services compétents. Nous en concluons qu’il y a faute et surtout faute politique. Martin Belinga, eu égard à son rang, n’est ni l’interlocuteur, ni l’intercesseur indiqué dans ce « conflit » de pacotille. La diplomatie est une posture, la communication, une attitude.

Oscar Gabriel Molla – OGM.

Blog :  http://molla.unblog.fr

Téléchargez le « droit de réponse » du Directeur du Cabinet civil : ici

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Un hyper-réseau pour combler le déficit en TIC en Afrique centrale

3112009

lafriquenouveleldoradodestlcommunications.jpgL’idée de connecter toutes les capitales et les principales villes secondaires de l’Afrique centrale à partir d’un réseau de télécommunications haut débit en fibre optique est en cours de devenir une réalité.

En effet, le Conseil d’Administration du Groupe Banque mondiale vient d’approuver le Programme de réseau de télécommunications haut débit d’Afrique centrale (en anglais, « Central Africa Backbone », en abrégé CAB), un projet de 215 millions de dollars américains destiné à offrir une opportunité exceptionnelle pour la région d’accéder aux moyens les plus modernes de télécommunications dans des conditions de débit et de prix raisonnables.

Onze pays au total sont éligibles au Programme CAB.  Il s’agit des pays de la Communauté économique et monétaire de l’Afrique centrale (CEMAC) —Cameroun, Tchad, République centrafricaine (RCA), Gabon, République du Congo, Guinée équatoriale—, mais aussi le Niger, le Nigéria, la RDC, Sao Tomé et Principe et le Soudan. D’un financement de 26,2 millions de dollars, la première phase qui vient d’être lancée concerne essentiellement le Cameroun, le Tchad et la RCA, car l’Afrique centrale accuse un très grand retard par rapport aux autres régions en termes d’accès et de niveau de prix des services TIC. Les tarifs mensuels dans la sous-région s’élèvent au double de ceux du reste de l’Afrique, et peuvent atteindre jusqu’à trois fois ceux des autres parties du monde.

Combler le fossé tout en réduisant les coûts d’accès

La plupart des pays couverts par le programme CAB se situent non seulement en dessous de la moyenne mondiale, mais aussi en dessous de la moyenne en Afrique subsaharienne. Ils subissent, de ce fait, de prix élevés et d’une carence en matière d’accès. A 67 dollars par mois (2007), les frais de connexion aux services Internet sont plus élevés dans les pays visés par le programme comparativement à la moyenne en Afrique subsaharienne (43 dollars) et à la moyenne mondiale (21 dollars). Par ailleurs, les tarifs de la bande passante internationale peuvent être jusqu’à 50 fois plus élevés pour les pays enclavés que pour les pays connectés aux câbles sous-marins à fibre optique (le Tchad et la RCA utilisent exclusivement les communications par satellite).

Ainsi, la première composante du programme CAB vise à favoriser l’environnement sectoriel à travers la modernisation et l’harmonisation du cadre légal et réglementaire, ainsi que par le renforcement de la capacité des institutions publiques telles que les ministères sectoriels et les autorités de régulation.

Le Programme va bénéficier, dans sa première phase actuelle, de la dorsale optique de plus de 1000 kilomètres tirés le long du parcours de l’oléoduc reliant le terminal maritime de Kribi (Cameroun) aux gisements pétroliers de Komé (Tchad), afin de connecter ces deux pays et la RCA au réseau Internet à haut débit.

Pour Mary Barton-Dock, Directrice des opérations de la Banque mondiale pour le Cameroun, le Tchad et la RCA, « le programme CAB est très important pour les pays concernés car il se trouve au cœur de leurs stratégies de développement. Ils pourront ainsi créer un environnement favorable, favoriser la concurrence et, éventuellement, accroître l’accès tout en réduisant les coûts pour les utilisateurs ».

Dans un récent rapport intitulé « Information and Communications for Development 2009: Extending Reach and Increasing Impact » (Information et communication au service du développement 2009: élargir l’accès pour plus d’impact), la Banque mondiale a constaté que lorsque l’accès à Internet augmente de 10 points de pourcentage, il s’ensuit une croissance économique établie à 1,3 points de pourcentage. Cette étude a par ailleurs désigné la plate-forme mobile comme le moyen le plus puissant d’atteindre et de fournir des services publics et privés à des centaines de millions de personnes dans les zones éloignées et rurales dans les pays en développement.

Moderniser le secteur des TIC et promouvoir les partenariats public-privé

Le projet CAB est à la fois un modèle d’intégration et de partenariat public privé, car sa conception et sa mise en œuvre ont nécessité le concours de plusieurs organisations régionales telles que la Banque africaine de développement (BAD) et la CEMAC. Ses objectifs seront de: (i) maximiser l’utilisation du financement privé (ou de minimiser l’utilisation du financement public), (ii) assurer la faisabilité et l’attrait de l’opération, et (iii) d’assurer le libre accès aux infrastructures de connectivité régionale et garantir la concurrence, des tarifs raisonnables à l’échelle nationale, régionale et internationale.

En plus du développement des infrastructures, le programme CAB permettra aussi de tacler les contraintes liées au secteur des TIC au niveau national dans chacun des pays concernés. Il s’agira d’améliorer l’environnement concurrentiel, notamment par la mise en place des outils de régulation, la libéralisation accrue du secteur, la restructuration et la privatisation de l’opérateur historique, et la promotion des partenariats public-privé pour maximiser l’impact du CAB.

Il est à noter que plusieurs projets avaient déjà été proposés dans la région, mais n’ont pu voir le jour, en raison d’une combinaison de facteurs, notamment une réglementation peu adaptée, un contexte et des politiques peu favorables aux investissements, la complexité d’un projet d’investissement multi-pays et les doutes concernant sa pérennité financière.   

« Les programmes d’infrastructures à caractère régional tels que le CAB illustrent la portée bénéfique d’un partenariat solide entre gouvernements, secteur privé et partenaires au développement », a déclaré Yann Burtin, chef d’équipe du projet. Les contributions de la BAD et de la Commission de l’Union africaine sont essentielles au processus, a-t-il ajouté.

L’apport des partenaires au  développement

Le Groupe Banque mondiale contribuera 215 millions de dollars au projet sur une période de 10 ans par le biais de l’Association internationale de développement (IDA) et de la Banque internationale pour la reconstruction et le développement (BIRD). La BAD fournira quant à elle un financement parallèle dans le but de mobiliser 98 millions supplémentaires du secteur privé.

En collaboration avec la CEMAC, l’Union africaine jouera un rôle important en facilitant la coopération intergouvernementale et l’harmonisation des politiques. La Société financière internationale (IFC) sera également mise à contribution pour aider les gouvernements dans la structuration des partenariats publics privés.

© Source : Banque Mondiale

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Dans l’actu > INVICTUS: le film qui retrace l’histoire de Nelson Mandela grâce à Morgan Freeman et Matt Damon

28102009

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Ce film mérite indiscutablement l’Oscar. Une merveille dirigée par Clint Eastwood qui retrace un pan inconnu de l’histoire de l’ancien leader sud africain Nelson Mandela.

Dans Invictus, Morgan Freeman et Matt Damon prennent les traits de deux personnages qui ont lutté pour éradiquer le racisme au lendemain de l’apartheid. En utilisant le sport comme élément rassembleur, le président fraîchement élu Nelson Mandela s’allie à François Pienaar, le capitaine blanc de l’équipe nationale de rugby sud africaine. Cette première coupe du monde sur le sol africain prend une symbolique toute particulière.

Grâce à l’engouement national provoqué par leur passion commune, l’équipe, portée par tout un pays, a remporté la Coupe du monde de Rugby de 1995 qui s’est déroulée chez eux. Cette cause populaire a eu raison des clivages raciaux et a fait oublier aux Sud-Africains leurs problèmes sociaux et économiques le temps de la compétition.

Le film est inspiré du Best Seller de John Carlin intitulé « Playing the Enemy : Nelson Mandela and the Game That Made a Nation » . Réalisation : Clint Eastwood. Du grand art!

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1996: ce que Titus Edzoa reproche à Paul Biya

27102009

(Quotidien camerounais « Le Jour », 26/10/2009)

Dans un entretien accordé à Haman Mana[actuel Directeur de publication du quotidien camerounais "Le Jour" et ancien D.P de "Mutations"] il explique sa difficulté à travailler avec Paul Biya : «j’ai toujours été positif. Mais ce n est pas à un ministre de dire que tout est immobile. Vous le voyez vous-même, rien ne marche. On lui dit : «Bougez ! Bougez!», il ne bouge pas. Il ne travaille pas. Vous ne pouvez pas vous imaginer les efforts qu’on fait de l’intérieur pour que les choses évoluent. Pour faire aboutir la nouvelle constitution, ce fut très rude. Il ne voulait même pas qu’on limite les mandats. Et lorsque vous expliquez qu’on doit limiter les mandats pour obliger les hommes d’Etat à se donner un programme d’action établi dans le temps, on vous taxe de rebelle. Les gens s’imaginent qu’ ils vont gouverner sans calendrier. Ce n’est pas possible. Il faut des programmes étalés sur une période donnée. Là, on est obligé de produire des résultats »

Il s’enrage contre son ancien ami : «Voyez-vous, vous êtes deux amis. Vous êtes ambitieux. Il appelle l’un de vous et lui dit: « je vais te nommer à tel poste », puis il le fait. Vous vous mettez à travailler. Ensuite, il appelle votre ami et lui dit du mal de vous et de votre manière de travailler. Et promet votre poste à votre ami. Puis il vous dit que votre ami fait des pieds et des mains pour prendre votre poste. Quelques temps après, il le nomme à votre place. Comment ce dernier peut-il démontrer qu ‘il n ‘est pas à l’origine de votre chute ? Vous êtes obligé de vous brouiller. Et cela installe un climat malsain, un climat de méfiance et d’animosité. Et pourtant vous êtes complémentaires et on a besoin de cela pour un bon rendement. Aujourd’hui, il y a des techniques modernes de gestion. Un travail d’équipe ».

Source : Mutations N°43   – du 28 avril au 4 mai 1997

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« 1er janvier 2009 – 27 octobre 2009 : Paul Biya , 115 jours sur 300 passés à l’étranger ».

« 98 jours de séjour privé et 15 jours de séjour officiel »

Voyages de Paul Biya à l’étranger depuis janvier 2009

  • 30 janvier 2009 : visite officielle à Libreville (sommet extraordinaire de la Cemac)
  • 22 février – 8 mars : séjour privée en Europe
  • 9 avril – 10 mai : séjour privé en Europe
  • 15 – 16 juin 2009 : visite officielle à Libreville (Obsèques du président gabonais Omar Bongo) 21 au 24 juillet : visite officielle en France 24 juillet – 31 juillet : séjour privé en France
  • 15 août – 5 septembre : vacances à la Baule en France
  • 18 au 29 septembre : visite officielle à New York (64ème assemblée générale de l’Onu)
  • 29 septembre – 21 octobre : séjour privé en Europe

Source : Le Jour, 27/10/2009

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Les évêques africains dressent un réquisitoire contre les dirigeants politiques et dénoncent les faiblesses de l’Eglise

25102009

21octobre2008evequesafricainssynodedesevequesromevatican.jpg En trois semaines, le synode sur l’Afrique, qui s’achève samedi 24 octobre à Rome, a pr is des allures de réquisitoire contre la gouvernance des responsables politiques locaux et le s faiblesses de l’Eglise sur place.Dans une synthèse de leurs travaux de ces dernières semaines, les pères synodaux ont fermement demandé, vendredi, aux responsables politiques catholiques africains de se comporter comme des « saints » pour le bien de leurs peuples ou de quitter leurs fonctions ; ils ont aussi interpellé les non-catholiques, les puissances étrangères et leur propre clergé.

Au fil de leurs interventions et, tout en reconnaissant à l’Eglise catholique une croissance et un dynamisme réels, les évêques africains, se sont montrés particulièrement sévères envers leur propre institution ; ils ont critiqué des pratiques qui, selon eux, mettent en péril la crédibilité de l’Eglise sur place. « Il faut avoir le courage de dénoncer ce qui est mal au sein de l’Eglise », a lancé Polycarp Pengo, l’archevêque tanzanien de Dar es-Salaam. Il a ainsi fustigé « l’autoritarisme, le tribalisme et l’ethnocentrisme » de certains responsables d’Eglise, engagés aux côtés de partis politiques, tandis qu’un de ses confrères déplorait « l’implication des prêtres dans la corruption ».

Inquiet des pratiques culturelles « occultes » de certains membres du clergé, un évêque nigérian a aussi estimé que « les libations, le culte des ancêtres, les sacrifices offerts aux idoles et aux dieux ne sont pas compatibles avec le message de l’Evangile ».

Il a appelé le synode à réfléchir à une meilleure formation des séminaristes et des prêtres. Quant aux fidèles, attirés par les « sectes » pentecôtistes qui, à coup de « millions de dollars »« solutions rapides à leurs problèmes », ils ont été invités à « développer une spiritualité équilibrée ». « Ces groupes souvent agressifs parlent de l’Eglise catholique comme d’une Eglise morte », s’est inquiété Mgr Martins, du Nigeria, qui a proposé « l’instauration de petites communautés chrétiennes » pour que les fidèles s’y sentent reconnus et, le cas échéant, aidés. leur proposent des

Les évêques ont aussi invité les religieux qui ne respectent pas toujours leur engagement de pauvreté et de célibat, à « se rappeler que les offrandes apportées par les fidèles ne sont pas destinées au seul clergé mais aux pauvres et à l’Eglise en général ». En Afrique, il n’est pas rare que des prêtres ou des évêques gèrent une entreprise commerciale.

Avec constance, les évêques ont également mené la charge contre les responsables politiques et leur mauvaise gouvernance, « cancer qui dévore le continent », selon les termes d’un évêque kenyan. L’archevêque de Dakar (Sénégal), Théodore-Adrien Sarr, a dénoncé « la corruption des dirigeants africains qui accordent des avantages et des profits démesurés aux multinationales au détriment de leur pays, les conflits armés fomentés par les marchands d’armes et le pillage des ressources naturelles ».

L’un de ses confrères tanzaniens a déploré que les hommes politiques considèrent leur élection comme un « permis de voler« , dénonçant au passage les gouvernants qui « croient en la sorcellerie, la superstition et l’occultisme ».

Par ailleurs, même si la période coloniale est aux yeux de ces évêques largement dépassée, l’influence de la « pensée unique » de l’Occident est copieusement fustigée. Elle aurait des influences « nocives » sur la famille et le mariage, et favoriserait, entre autres, l’avortement, l’homosexualité et « une confiance irréaliste en l’efficacité du préservatif » dans la lutte contre le sida, laquelle passe surtout, selon eux, par la fidélité et l’abstinence. Ce sujet avait fait polémique lors du voyage du pape Benoît XVI en Afrique, lorsqu’il avait déclaré que l’utilisation du préservatif « aggravait le problème  » de la pandémie.

Egalement inquiets de la vague d’émigration qui touche l’ensemble du continent, les évêques ont estimé que les solutions, notamment la lutte contre la pauvreté, sont à rechercher sur place : « Nous nourrissons l’espoir de susciter chez les Africains subsahariens un sursaut ou une renaissance de l’homme noir », a déclaré le cardinal sénégalais. Il a appelé les gouvernants à prendre en main « le destin de leurs peuples ».

Les pères synodaux devaient remettre à Benoît XVI une série de propositions concernant les actions spécifiques de l’Eglise en Afrique.

© Source : Stéphanie Le Bars (Le Monde, 25.10.2009)




Patrice Motsepe :Le Sud-Africain milliardaire grâce la discrimination positive

20102009

  patricemotsepe.jpg Même s’il est né à Soweto, un township noir de Johannesburg, Patrice Motsepe n’est pas un enfant des bidonvilles. De sang royal, sa famille était plutôt prospère, même dans l’Afrique du Sud de l’apartheid. Lui-même est diplômé de droit d’une université réservée normalement aux Blancs.

 

Quand Nelson Mandela devient Président, Patrice Motsepe se lance dans le secteur minier. Or, platine, nickel, fer… son groupe se développe peu à peu, malgré la difficulté de trouver des financements lorsque l’on n’a pas de capital. Au départ, Motsepe s’en sort avec une gestion « low cost ». Partenariats, rachats, diversification : le groupe grossit, aidé par une nouvelle législation qui impose aux compagnies minières d’être détenues au minimum à 26% par des actionnaires noirs.

 

A la tête d’une fortune de 2,5 milliards de dollars, le patron d’African Rainbow Minerals fait partie des hommes les plus riches d’Afrique du Sud, qui sont tous des Blancs, à part lui.

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Patrice Tlhopane Motsepe is Executive Chairman of African Rainbow Minerals Limited, ARM, a leading, niche-diversified mining and minerals company, based in Johannesburg, South Africa. He is also the non-executive Chairman of Harmony and the Deputy Chairman of Sanlam. His various business responsibilities include being President of Business Unity South Africa (BUSA), which is the voice of organised business in South Africa. He is also president of Mamelodi Sundowns Football Club.

 

Mr. Motsepe began his business career as a child when he would wake early to help his entrepreneurial father by selling liquor to mine workers at his father’s shop. « I must have been about eight when my dad said one day, We make so much money when you’re behind the counter you should take over the business when you grow up. But it was hard work, from 6am to 8pm. I soon realised I needed to choose a career that would keep me away from that shop! That’s how I came to decide when was only eight that I’d become a lawyer. »He went on to earn a BA from Swaziland University and a LLB from Wits University.

 

In 1994 he became the first black lawyer to be made a partner at the law firm Bowman Gilfillan, where he specialized in mining and business law before becoming restless. He then shifted to the mining industry. He Started a contract mining operation called Future Mining which provided various services to Vaal Reefs gold mine, now part of AngloGold. Unable to secure a loan, he ran his business from a briefcase for the first eight months.

 

Mr.Motsepe formed African Rainbow Minerals (ARM) in 1997 and acquired a number of marginal shafts at Vaal Reefs in January 1998 on favorable financial terms, followed by the purchase of other marginal shafts owned by AngloGold in the Free State.

 

Today he’s the biggest single shareholder of the world’s fifth-largest gold mining company. His firm, African Rainbow Minerals, controls 19.8 per cent of Harmony. His family trust owns 43.1 per cent of ARM. Forbes  magazine racks him as 503th richest person in the world in their and South Africa’s first black billionaire with an estimated net worth of $2.5 billion dollars.

 

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Harmony Gold Mining Company specializes in turning old digs into new digs. Harmony is South Africa’s largest gold miner, after acquiring ARMgold in 2003, and the sixth largest in the world. The company buys mature gold mines with lagging production and turns them into low-cost, high-productivity mines. It had 2003 revenues of $1.2 billion and has 50,718 employees.

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